À l’heure où le diplôme universitaire ne garantit plus à lui seul l’accès à l’emploi, Sublime Koyi, major de la promotion 2025-2026 en communication sociale à l’Université catholique du Congo (UCC), a choisi de transformer son parcours de réussite en plaidoyer pour la jeunesse. Avec une moyenne de 91,56 %, elle a appelé l’État, les universités, le secteur privé et les jeunes eux-mêmes à agir pour faciliter la transition entre les études et la vie professionnelle.
Lors de la clôture de la deuxième édition de la Semaine de l’Étudiant, Sublime Koyi a d’abord raconté les ressorts de son parcours. Entrée en première année de communication sociale en 2021, elle explique avoir rapidement compris l’importance de l’assiduité, de la discipline et surtout de l’amour pour la filière choisie.

« Il faut aimer ce que l’on fait. Il faut aimer ce que l’on étudie », a-t-elle conseillé.
Alors que ses parents souhaitaient initialement la voir s’orienter vers le droit, elle a finalement obtenu leur accompagnement pour poursuivre sa passion. Dès sa première année, elle décroche 84 % et maintient une régularité qui la conduira jusqu’à la tête de sa promotion.
Pour elle, cette performance est avant tout le résultat d’un travail constant, de nombreuses lectures, de questions posées et d’une implication particulière dans les travaux pratiques. La formation universitaire, estime-t-elle, doit justement permettre à l’étudiant de transformer progressivement ses connaissances en capacités concrètes.
Son propre parcours l’a également amenée à réfléchir à la différence entre savoir, compétence et habileté.
« Ce que tu peux faire te conduit automatiquement à la compétence et à l’habileté. La compétence, c’est quand tu réunis toutes les capacités nécessaires qui vont du savoir au savoir-faire », a-t-elle expliqué.
Sublime Koyi a porté un plaidoyer articulé autour de quatre responsabilités notamment celles de l’État, des universités, du secteur privé et des jeunes eux-mêmes.
Face au ministre de la Communication et des Médias, Patrick Muyaya, la jeune lauréate a appelé les pouvoirs publics à investir davantage dans la jeunesse, en particulier dans des formations adaptées aux besoins du marché.
Elle estime également que cet investissement doit dépasser Kinshasa afin de mieux identifier les compétences disponibles dans les autres provinces.
« Est-ce qu’on peut faire un tour au Kivu ? Est-ce qu’on peut faire un tour en Colombie-Britannique ? Peu importe, pour pouvoir voir combien de jeunes travaillent tous les jours, combien de jeunes sont compétents et combien de jeunes sont frais, mais demandent juste une opportunité », a-t-elle lancé.

Elle a également plaidé pour une meilleure adéquation entre les formations universitaires et les besoins du marché de l’emploi, davantage de stages obligatoires, des partenariats structurés avec les entreprises privées, ainsi que des politiques publiques favorisant les PME, qui constituent selon elle un important levier de création d’emplois.
La question de la transparence dans les recrutements publics figure également parmi ses préoccupations, afin de renforcer la confiance des jeunes dans les mécanismes d’accès à l’emploi.
Sublime Koyi invite également les établissements d’enseignement supérieur à aller au-delà de la transmission théorique des connaissances.
Pour elle, l’université doit permettre à l’étudiant de développer des compétences qu’il peut démontrer dans différentes situations professionnelles.
Elle plaide ainsi pour une spécialisation plus claire des parcours universitaires et une distinction entre les diplômes orientés vers la recherche et ceux davantage tournés vers la spécialisation professionnelle.
« Je demande une carte vers la spécialisation, c’est-à-dire aller vers un système davantage axé sur la spécialisation professionnelle et la recherche », a-t-elle déclaré.

La major de l’UCC appelle également au développement des centres de recherche et des laboratoires dans les universités, estimant qu’ils peuvent contribuer à renforcer les capacités des jeunes et à rapprocher la formation des réalités professionnelles.
Elle insiste par ailleurs sur l’importance des stages dès les premières années universitaires. Selon elle, cette immersion devrait permettre aux étudiants de commencer à acquérir une expérience professionnelle avant même l’obtention du diplôme.

Le secteur privé a également été interpellé. Sublime Koyi estime que les entreprises ne devraient pas uniquement rechercher des profils déjà expérimentés, mais contribuer elles-mêmes à la formation des futurs professionnels.
« Le professionnel d’aujourd’hui est l’étudiant qui a grandi et qui a trouvé de l’expérience », a-t-elle rappelé.
Elle encourage ainsi les entreprises à multiplier les stages, les partenariats avec les universités et les mécanismes permettant aux étudiants de découvrir concrètement les réalités de leur futur métier.

Elle estime également que l’État pourrait davantage accompagner les initiatives privées et entrepreneuriales portées par les jeunes, notamment à travers la formation, la facilitation de la formalisation des entreprises et la mise en place de mécanismes de financement adaptés.
Si l’État, les universités et les entreprises ont leur part de responsabilité, Sublime Koyi refuse de placer toute la responsabilité de l’insertion professionnelle sur les institutions.
Elle invite les jeunes à faire preuve de patience, à accepter parfois de commencer par le bénévolat et à construire progressivement leur expérience.
Elle les encourage surtout à développer les compétences comportementales, à respecter les délais, à cultiver l’intégrité et à construire leur réseau professionnel.
« Est-ce que je suis capable de tenir une promesse ? Est-ce que je suis loyale ? Est-ce que je peux me dire aujourd’hui que je peux créer un CV ? Est-ce que j’ai un profil LinkedIn qui me respecte ? Est-ce que j’apprends une autre langue ? Est-ce que je maîtrise certains outils numériques ? », a-t-elle interrogé.

Pour elle, ces questions doivent faire partie de la préparation de tout étudiant qui souhaite intégrer le monde professionnel.
Pour elle l’opportunité seule ne suffit pas. Elle doit rencontrer une personne préparée à la saisir.
« Une opportunité doit rencontrer une compétence et une compétence doit devenir une habileté », a-t-elle déclaré.

Sublime Koyi a ainsi transformé son titre de major en une tribune pour l’ensemble des étudiants et jeunes diplômés congolais. Pour elle, la jeunesse dispose du potentiel, mais elle a besoin d’un environnement capable de révéler ce potentiel, tandis qu’elle-même doit continuer à se former, à travailler et à croire en ses capacités.
« Donnez-nous la chance qu’il faut et on vous montrera de quoi nous sommes capables », a-t-elle lancé au ministre Patrick Muyaya, à la fin de son plaidoyer.
Lydia Mangala


