L’accès à l’internet mobile en République démocratique du Congo ne dépend pas uniquement de la disponibilité du réseau. Couverture, qualité de la connexion, coût d’accès, disponibilité des smartphones et utilité des services numériques constituent, selon Gracien Idikayi, cinq défis majeurs à relever pour accélérer la pénétration mobile dans le pays. Directeur des partenariats et de l’écosystème chez Africell RDC, il s’est exprimé sur ces enjeux samedi 19 septembre lors du panel consacré à « L’avenir de l’accès à l’internet mobile en République démocratique du Congo », modéré par Sarah Kela, dans le cadre de la première édition de Creators Bomoko.
La couverture reste un défi dans un pays aux vastes dimensions
Avec un territoire de plus de deux millions de kilomètres carrés, l’extension des infrastructures télécoms représente un enjeu considérable, particulièrement dans les zones rurales. Pour Gracien Idikayi, la question de la couverture constitue ainsi le premier obstacle à une connectivité réellement inclusive.
« Nous sommes dans un pays qui, aujourd’hui, comme vous le savez, c’est un pays continental. Nous sommes autour de 2,3 millions de kilomètres carrés. Aujourd’hui même, lorsqu’il faut arriver à couvrir une zone que j’appellerais urbaine, les défis et les challenges en termes d’infrastructure, d’investissement sont colossaux. Et que dire d’une zone rurale ? », a-t-il expliqué.
Outre l’extension géographique du réseau, l’enjeu porte également sur la capacité des infrastructures à offrir une expérience stable aux utilisateurs.
Au-delà des barres de réseau, la qualité de connexion compte
Pour le responsable d’Africell RDC, être couvert par un réseau ne suffit pas. La qualité de la connexion doit permettre à l’utilisateur de réaliser effectivement les activités pour lesquelles il se connecte : télécharger des fichiers, publier des vidéos, effectuer des transactions ou accéder aux services numériques.
« La qualité ne se résume pas seulement au nombre des barres de réseau que vous avez sur votre téléphone », a-t-il souligné, insistant sur la nécessité de permettre aux utilisateurs de pouvoir réellement exploiter leur connexion.
Cette question devient particulièrement importante pour les créateurs de contenu, dont les activités reposent sur une connexion suffisamment stable pour produire, publier et interagir avec leurs communautés.
Le prix de la connexion ne se limite pas aux gigas
L’accessibilité financière constitue un autre défi majeur. Gracien Idikayi estime que la réflexion sur l’abordabilité ne doit pas se limiter au prix des forfaits de données.
« Il ne faut pas réduire seulement le prix ou faire du challenge du prix à ce qui représente les gigas en plus », a-t-il fait remarquer.
Selon lui, le coût réel de l’accès au numérique englobe plusieurs éléments notamment la data, le prix des smartphones, l’électricité et les revenus disponibles des utilisateurs. Une connexion abordable suppose donc de considérer l’ensemble de cet écosystème plutôt que le seul tarif des forfaits internet.
Le smartphone, un maillon essentiel de l’inclusion numérique
Même lorsqu’un réseau performant est disponible, l’accès reste limité si l’utilisateur ne dispose pas d’un terminal capable d’en exploiter les possibilités.
« Même avec un excellent réseau, avec les meilleures infrastructures, mais si l’utilisateur ne peut pas participer pleinement à l’économie, se connecter avec cela sera quand même un challenge », a-t-il expliqué.
Pour répondre à cet enjeu, Africell indique travailler sur des partenariats destinés à favoriser l’accès aux smartphones. L’objectif est de faire en sorte que les investissements dans les réseaux puissent effectivement profiter au plus grand nombre.
Connecter davantage, mais surtout donner un sens à la connexion
Le cinquième défi identifié concerne l’utilité. Une fois connecté, l’utilisateur doit pouvoir tirer une valeur concrète de son accès à internet entre autres apprendre, vendre, travailler, entreprendre ou effectuer des transactions.
C’est dans cette logique que Gracien Idikayi met également en avant les services numériques et le mobile money comme des leviers d’inclusion financière. Le téléphone n’est plus uniquement présenté comme un outil de communication ou de divertissement, mais comme un instrument permettant de payer, d’être payé et de participer davantage à l’économie numérique.
Il évoque également le potentiel de technologies complémentaires, notamment l’intelligence artificielle, les solutions satellitaires et le partage d’infrastructures, pour contribuer à réduire les disparités d’accès, particulièrement dans les zones rurales.
Pour les créateurs, la connectivité doit devenir un levier économique
L’intervention de Gracien Idikayi a particulièrement porté sur les créateurs de contenu. Pour lui, l’accès à une connexion fiable doit permettre aux créateurs de transformer leur présence numérique en activité économique.
« En tant qu’opérateur télécom, nous accompagnons directement sur trois volets. La première, c’est la connectivité. Nous nous rassurons que vous avez une connectivité fiable, rapide et qui vous permet de pouvoir transacter lorsque vous êtes connecté », a-t-il déclaré.
Mais la connexion seule ne suffit pas. Le contenu produit, sa qualité et la capacité du créateur à construire une activité autour de son audience restent déterminants.
« En tant que créateur de contenu aujourd’hui, c’est vrai que nous voulons tous monétiser ce que nous faisons, mais la vraie question à se poser, c’est : est-ce que nous travaillons seulement pour être viraux ou sommes-nous liés à d’autres ? Je pense que ça, c’est le vrai challenge », a-t-il estimé.
Cette réflexion replace ainsi la connectivité dans une problématique de la transformation de l’audience numérique en opportunités concrètes.
Des partenariats pour faire émerger des projets viables
Pour accompagner cette dynamique, Africell entend également travailler avec des créateurs et porteurs de projets en fonction de leurs ambitions.
« Nous sommes ouverts, nous identifions les projets, nous identifions ce que vous avez comme ambition. Nous nous aidons bien évidemment à les rendre viables pour que demain, vous puissiez contribuer à ce que j’appelle l’économie nationale », a-t-il assuré.
L’enjeu de l’internet mobile en RDC touche à l’accès aux équipements, au pouvoir d’achat, à la qualité des services, à l’inclusion financière et surtout à la capacité des utilisateurs à transformer la connexion en valeur. Pour les créateurs de contenu, cette évolution pourrait notamment passer par une connectivité plus accessible, mais aussi par des partenariats capables de faire du numérique un véritable espace de création et d’activité économique.
Lydia Mangala


