Dans la continuité des échanges sur les chaînes de valeur minières, la deuxième session consacrée au Grand Katanga, comprenant les provinces du Haut-Katanga, du Lualaba, du Haut-Lomami, a porté sur un enjeu tout aussi stratégique : les corridors logistiques régionaux et les zones économiques spéciales (ZES), moteurs attendus de l’industrialisation et du développement intégré de la République Démocratique du Congo.
Modérée par Armand Lambert Kitenge, cette session a réuni plusieurs acteurs institutionnels et privés du secteur des transports, de la logistique et des infrastructures, parmi lesquels William Kazumba (DG de l’OGEFREM), Auguy Bolanda (DG de l’AZES), Benjamin Katabuka (DG de Kobold Metals), Billy Tshibambe(Coordonnateur de la Cellule Infrastructures), Eldon Khuty (Directeur pays AGL RDC), Louis Polin Lienou (DG de MSC RDC) et V. Singa-Boyenge, Présidente de VSB.
Une nouvelle gouvernance logistique pour désenclaver le pays

En ouvrant la discussion, William Kazumba, Directeur Général de l’OGEFREM, a rappelé la nécessité d’un changement profond de gouvernance dans la gestion des corridors logistiques.
« Pour que les corridors soient utiles à notre commerce extérieur, il faut des politiques claires, une planification rigoureuse et des plateformes logistiques modernes », a-t-il souligné.
Il a cité la mise en place d’une première plateforme logistique aux standards internationaux à la frontière sud du pays, un projet pilote visant à fluidifier les échanges transfrontaliers et à réduire la pression sur les postes douaniers souvent saturés.
Les Zones Économiques Spéciales, catalyseurs du développement industriel

Pour Auguy Bolanda, Directeur Général de l’AZES (Agence des Zones Économiques Spéciales), le succès des corridors logistiques dépend de la création d’un environnement propice aux affaires :
« Avant d’attirer les investisseurs, il faut d’abord mettre en place un climat des affaires stable, des infrastructures de base et des moyens financiers conséquents », a-t-il insisté.
Il a également souligné que les ZES permettront de transformer localement les ressources naturelles, de créer de l’emploi et de réduire la dépendance aux importations en stimulant la production nationale.
Les entreprises minières face au défi logistique

Benjamin Katabuka, Directeur Général de Kobold Metals, a évoqué les difficultés rencontrées par les entreprises opérant dans les zones minières enclavées :
« Nos routes sont en mauvais état. Le coût élevé du transport pénalise la compétitivité et ralentit les exportations », a-t-il déclaré.
Il a appelé à une meilleure coordination entre l’État et le secteur privé pour combiner différents modes de transport, routier, ferroviaire et fluvial, et assurer une connectivité efficace entre les zones de production et les points d’exportation.
Un plan national intégré de transport à l’horizon 2040

De son côté, Billy Tshibambe, coordonnateur de la cellule Infrastructures, a rappelé l’existence du Plan National Intégré des Transports (PNIT), élaboré en 2018 avec une projection à l’horizon 2040.
« Ce plan, arrimé au Plan National Stratégique de Développement (PNSD), vise à rendre la RDC plus compétitive grâce à un réseau interconnecté de routes, de voies ferrées et fluviales », a-t-il expliqué.
Ce programme ambitieux, évalué à environ 30 milliards de dollars, prévoit notamment la modernisation de la Route Nationale n°1 (Kinshasa–Kasumbalesa), le développement de corridors multimodaux et la construction d’une première autoroute nationale aux standards internationaux d’ici 2028.
La connectivité régionale et le rôle du secteur privé

La Présidente de VSB, V. Singa-Boyenge, a mis en avant la complémentarité entre infrastructures et développement humain, citant l’exemple du chantier des Universités et la problématique du transport de matériaux comme le ciment.
« Tout est lié. Sans routes, sans énergie, il n’y a ni écoles, ni hôpitaux, ni industries », a-t-elle rappelé.
Pour Eldon Khuty, Directeur pays d’AGL RDC, la logistique constitue la colonne vertébrale de toute industrialisation :
« Rien ne peut se faire sans logistique. Nous devons repenser la connectivité entre nos ports, nos mines et nos zones de production », a-t-il indiqué, tout en évoquant la nécessité de renforcer la coopération régionale avec les pays voisins comme l’Angola et la Zambie.
Vers un modèle de partenariats public-privé plus efficace
Les intervenants ont convergé sur la question du financement des infrastructures logistiques, reconnaissant que les Partenariats Public-Privé (PPP) constituent une voie incontournable.
Cependant, plusieurs ont plaidé pour une meilleure préparation des projets publics avant leur ouverture aux investisseurs afin d’assurer leur rentabilité et leur efficacité.
Une vision partagée de bâtir la connectivité pour transformer le pays
Cette session du Grand Katanga a mis en évidence une vision commune que la RDC ne peut se développer durablement sans corridors logistiques performants et sans une véritable industrialisation locale.
Les infrastructures de transport ne doivent plus être perçues comme de simples moyens de circulation, mais comme des accélérateurs de transformation économique, au service des zones de production, des entreprises et des citoyens.
En somme, les échanges ont réaffirmé que le Grand Katanga, par sa position géographique et son potentiel industriel, demeure une région clé pour l’intégration économique nationale et régionale.
Les défis sont nombreux, mais les opportunités le sont tout autant, à condition que l’État, le secteur privé et les partenaires techniques unissent leurs efforts autour d’une même ambition de connecter, transformer et prospérer ensemble.
Lydia Mangala


