La deuxième édition de TEDx Kin Women, tenue le samedi 21 mars 2026 au Centre Culturel et Artistique des Pays de l’Afrique Centrale (CCAPAC) à Kinshasa, a donné la parole à douze femmes aux parcours variés et aux expériences riches. Placée sous le thème « Oser autrement », cette conférence a offert un espace où les intervenantes ont partagé, avec sincérité, leurs réalités professionnelles, leurs défis personnels et les leçons tirées de leurs parcours.
Parmi ces voix fortes, celle de Fanny Salmon, Directrice Générale Adjointe de Climate and Sustainability Expertise SA, a particulièrement retenu l’attention par la profondeur de son témoignage et la clarté de son message. Avec une expérience construite dans un environnement exigeant comme la République démocratique du Congo, elle a partagé une intervention ancrée dans le réel, marquée par la résilience, l’adaptation et une vision lucide du développement professionnel.
Prenant la parole, Fanny Salmon est revenue sur son arrivée en RDC, un choix motivé à l’origine par une ambition professionnelle, mais rapidement confronté aux contraintes du terrain. Elle a décrit un environnement de travail souvent imprévisible, où l’adaptation devient une compétence essentielle au quotidien.
« Il y a trois ans, quand j’ai décidé de m’engager en République démocratique du Congo pour construire mon parcours professionnel, je ne savais pas à quel point ce serait exigeant », a-t-elle déclaré, posant ainsi les bases d’un récit empreint d’honnêteté et de réalisme.
Dans son intervention, elle a insisté sur le fait que travailler dans ce contexte implique de composer en permanence avec l’imprévu, de s’organiser malgré les contraintes et de maintenir une dynamique collective même lorsque les conditions ne sont pas idéales. Elle a notamment souligné l’importance du travail en équipe, de la flexibilité et de la capacité à avancer malgré les difficultés.
« Dans ce contexte, il faut apprendre à organiser malgré le chaos », a-t-elle affirmé, mettant en lumière une réalité souvent méconnue mais essentielle pour comprendre les environnements professionnels complexes.
Au fil de son intervention, elle a également évoqué les défis personnels rencontrés au cours de son parcours, notamment des problèmes de santé survenus deux ans plus tôt, qui ont profondément influencé sa manière de percevoir son travail et sa trajectoire de vie. Cet épisode a constitué un tournant, l’amenant à revoir ses priorités et à remettre en question certaines certitudes.
« Cela m’a fait comprendre une chose essentielle : nous nous battons souvent sans prévention », a-t-elle expliqué, soulignant la tendance à minimiser les difficultés jusqu’à ce qu’elles deviennent incontournables.
Elle a également partagé une prise de conscience importante concernant la formation et l’expérience, en reconnaissant que malgré un parcours académique solide et une expérience professionnelle internationale, cela ne suffisait pas toujours face à la réalité du terrain.
« Il a fallu désapprendre une grande partie de ce que je pensais savoir, revenir à l’essentiel, apprendre autrement et surtout apprendre davantage », a-t-elle confié, illustrant l’idée que l’apprentissage est un processus continu, qui dépasse les acquis initiaux.

Fanny Salmon a ensuite remis en question la vision linéaire des carrières, en rappelant que les parcours professionnels sont souvent faits de détours, de transitions et d’adaptations successives. Elle a encouragé les participants à accepter cette complexité comme une réalité naturelle plutôt que comme un obstacle.
Mais c’est sans doute sur la notion d’audace que son intervention a trouvé l’un de ses points culminants. Pour elle, « oser autrement » ne se limite pas à prendre des initiatives visibles, mais implique avant tout une transformation intérieure, une capacité à accepter la complexité et à évoluer avec elle.
« La seule chose qui nous rassemble aujourd’hui, c’est cette capacité à oser autrement », a-t-elle affirmé, en insistant sur le fait que cette audace commence par l’acceptation de soi et de la pluralité de nos identités.
Abordant enfin la question de la durabilité, elle a tenu à déconstruire certaines idées reçues en rappelant qu’il ne s’agit pas simplement d’un concept théorique ou d’un slogan, mais d’une approche concrète qui doit guider les actions quotidiennes et les choix stratégiques.
« La vraie question n’est pas : comment faire plus ? mais comment faire mieux avec ce que nous avons », a-t-elle insisté avec conviction, en appelant à repenser les modèles existants et à valoriser les ressources disponibles de manière intelligente et responsable.
Pour Fanny Salmon, la durabilité représente un véritable levier de transformation, capable de renforcer la résilience des individus, des organisations et des sociétés, à condition qu’elle soit intégrée de manière authentique dans les pratiques.
Son intervention, à la fois structurée, accessible et profondément ancrée dans la réalité congolaise, a ainsi offert au public un regard éclairé sur les défis du terrain, tout en rappelant que l’audace, dans son sens le plus profond, commence par la simple décision d’avancer autrement, avec les moyens dont on dispose, mais avec une vision claire et assumée.
Lydia Mangala


