Le ministre congolais du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya, a tiré la sonnette d’alarme ce lundi sur les conséquences potentiellement systémiques d’une fermeture du détroit d’Ormuz, dans un contexte de fortes tensions au Moyen-Orient entre l’Iran, les États-Unis et Israël.
Dans une tribune publiée, le membre du gouvernement congolais a insisté sur le rôle vital de ce passage maritime, rappelant qu’il concentre entre 20 et 25 % de la consommation mondiale de pétrole, soit plus de 20 millions de barils par jour, ainsi qu’un tiers du commerce mondial de gaz naturel liquéfié (GNL).
« Lorsque les États-Unis et Israël parlent de plusieurs semaines de guerre au Moyen-Orient, cela n’est pas sans conséquences sur le commerce international. Le détroit d’Ormuz est le poumon de l’économie mondiale », a-t-il écrit.
Le détroit constitue l’unique voie d’exportation pour plusieurs producteurs majeurs du Golfe, notamment l’Arabie saoudite, l’Irak, les Émirats arabes unis, le Koweït et le Qatar. Plus de 75 % des flux pétroliers transitant par Ormuz sont destinés aux marchés asiatiques, dont la Chine, le Japon, l’Inde et la Corée du Sud.
Julien Paluku avertit qu’un blocage total pourrait propulser le baril de Brent au-delà de 100 dollars en quelques jours, entraînant une hausse brutale des coûts de transport et une nouvelle poussée d’inflation mondiale. Même la menace d’attaques de missiles ou de drones dans la zone pourrait provoquer une flambée des primes d’assurance maritime et pousser certains armateurs à suspendre leurs rotations.
Selon le ministre, les alternatives à Ormuz sont limitées. Les pipelines reliant l’Arabie saoudite et les Émirats à la mer Rouge ou au golfe d’Oman ne couvrent que 15 à 20 % du trafic habituel, et les réserves stratégiques détenues par les États-Unis ou l’Europe ne constitueraient qu’un palliatif temporaire.
« La libre circulation dans le détroit reste une ligne rouge absolue », insiste-t-il.
Même éloignée du Golfe, la République démocratique du Congo ne serait pas épargnée. L’inflation importée pourrait provoquer une explosion du coût de la vie, affectant les carburants, les produits alimentaires et le secteur minier, pilier de l’économie nationale, confronté à des charges d’exploitation plus élevées.
Face à ces risques, Julien Paluku préconise des mesures de diversification et de résilience. À moyen et long terme, il recommande la relance de la Société Congolaise des Industries de Raffinage (SOCIR), le développement des parcs agro-industriels, ainsi que la valorisation du potentiel hydroélectrique d’Inga. À court terme, il souligne l’importance de renforcer les capacités de stockage de la SEP Congo et de la SONAHYDROC, ainsi que la constitution de réserves stratégiques de denrées de base comme le maïs et le riz. Il rappelle aussi le rôle stratégique du Port en eau profonde de Banana et du corridor de Lobito pour un redéploiement du trafic énergétique vers l’Atlantique si nécessaire.
Pour le ministre, la planification et l’anticipation sont cruciales pour renforcer la résilience de l’économie congolaise face aux chocs externes et garantir la stabilité du pays dans un contexte mondial incertain.
Lydia Mangala


