Dans une déclaration au ton à la fois juridique et citoyen, le professeur Grâce Muwawa, avocat, a vivement critiqué certaines pratiques communicationnelles au sein de l’administration publique congolaise, qu’il juge contraires à l’esprit et à la dignité de l’État républicain. Tout en saluant un geste qu’il qualifie d’« élégance institutionnelle », il alerte sur une gouvernance qu’il estime menée « à tâtons », marquée par des confusions juridiques et administratives.
L’avocat commence par reconnaître publiquement la décision du ministre de la Justice d’avoir rectifié et corrigé un communiqué controversé.
« L’honneur revient à Son Excellence Monsieur le Ministre de la Justice d’avoir rectifié et corrigé son communiqué, un geste d’élégance institutionnelle que nous saluons. La voix portée a été entendue », a-t-il déclaré.
Cependant, le professeur Muwawa ne cache pas son indignation face au contenu initial dudit communiqué, notamment l’assimilation erronée de la loi foncière du 20 juillet 1973 à la loi Bakajika.
« La loi foncière du 20 juillet 1973 n’est pas la loi Bakajika. Veuillez retirer votre communiqué et sanctionner tous les conseillers qui vous ont fait signer une telle honte. Vous ne nous respectez pas », a-t-il insisté, pointant du doigt la responsabilité des conseillers ministériels.

Au-delà de cette rectification, l’avocat soulève une interrogation de fond sur la pratique, de plus en plus répandue selon lui, de ministres signant eux-mêmes des communiqués officiels les concernant.
« Dans l’ordre républicain, un ministre peut-il vraiment être l’auteur et le signataire d’un communiqué qui le concerne lui-même ? », s’interroge-t-il, dénonçant une dérive où « la forme n’est plus soignée » au profit de la simple diffusion du message.
Pour étayer son propos, Grâce Muwawa cite l’exemple du ministère du Travail, évoquant une succession de communiqués contradictoires sur les jours fériés autour du 4 janvier 2026. Il rappelle que cette question est pourtant clairement réglée par l’article 2 de l’Ordonnance n°23/042 du 23 mars 2023, qui prévoit que lorsque qu’un jour férié coïncide avec un dimanche, le congé est pris le jour précédent.
« Une gouvernance à tâtons de la Res Publica, un tohu-bohu institutionnel inadmissible », tranche-t-il.
Pour le professeur Muwawa, la question dépasse les simples maladresses administratives. Elle touche à la conception même de l’État.
« La forme, dans le fonctionnement républicain, ne relève pas du simple protocole, mais traduit une certaine idée de l’État et de la dignité de la fonction publique », explique-t-il.
Il estime que la signature directe d’un communiqué par un ministre, hors cas de gravité ou de solennité particulière, brouille la frontière entre la personne et l’institution.
S’inscrivant dans la tradition administrative républicaine, l’avocat rappelle qu’il est d’usage que les communications officielles soient portées par les collaborateurs habilités directeur de cabinet, secrétaire général ou porte-parole afin de préserver la neutralité et la cohérence hiérarchique. « Faire signer un communiqué par un collaborateur n’est pas un renoncement à l’autorité ministérielle, mais l’affirmation d’une certaine hauteur républicaine », soutient-il.
En somme, Grâce Muwawa appelle à un retour au sens de l’État, où l’ordre institutionnel et la décence administrative priment sur la personnalisation du pouvoir.
Il a enfin adressé ses « meilleurs vœux et une bonne année 2026 » à l’ensemble des Congolais, dans l’espoir d’une gouvernance plus rigoureuse et respectueuse des principes républicains.
Joséphine Mawete


