Le gouvernement provincial de Kinshasa a annoncé une série de mesures drastiques visant à réguler la circulation routière dans la capitale congolaise, longtemps asphyxiée par des embouteillages chroniques et une anarchie urbaine persistante. Ces décisions, officialisées dans un communiqué signé par le gouverneur Daniel Bumba Lubaki, entrent dans une offensive globale pour restaurer l’ordre, renforcer la sécurité routière et améliorer la mobilité urbaine.
Ces nouvelles orientations sont le fruit de concertations menées entre les autorités provinciales, les transporteurs routiers et les syndicats du secteur, dans un contexte où la pression populaire face aux interminables bouchons ne cesse de croître.
Circulation nocturne strictement encadrée pour les poids lourds
Au cœur de ces mesures figure la régulation stricte des poids lourds. Désormais, les camions de vingt tonnes et plus ne sont autorisés à circuler et à effectuer des livraisons à Kinshasa qu’entre 22h00 et 5h00 du matin, uniquement les lundis, mardis et mercredis. L’objectif est de limiter la présence de ces mastodontes aux heures de faible affluence afin de désengorger les principales artères de la ville.
Les camions de chantier, pompes à béton et véhicules transportant des matériaux de construction sont également soumis à ces restrictions. Toutefois, certaines catégories bénéficient de dérogations, notamment les camions-citernes d’eau et de carburant, les dépanneuses, les engins de travaux publics, les véhicules des forces de défense et de sécurité, ainsi que les camions frigorifiques.
Par ailleurs, les livraisons dites légères sont désormais encadrées. Les véhicules de moins de quinze tonnes ne peuvent opérer que sur les voies secondaires, les grands axes leur étant formellement interdits. Toute activité commerciale sur la chaussée, notamment la vente de ciment ou d’autres matériaux, est également proscrite.
Motos-taxis, tricycles et marchés pirates sous surveillance renforcée
Dans un autre volet, la circulation des motos-taxis et des tricycles est interdite entre 22h00 et 5h00 sur plusieurs axes stratégiques, dont la Route nationale numéro 1 et l’axe Mitendi–By-pass–14ᵉ Rue Limete–Boulevard Congo-Japon. Les autorités justifient cette décision par la nécessité de renforcer la sécurité nocturne et de limiter les désordres sur ces corridors à forte fréquentation.
En parallèle, l’Hôtel de ville annonce une offensive contre les marchés installés illégalement le long des grandes artères. Qualifiés de « marchés pirates », ils sont accusés d’alimenter les embouteillages et d’accroître les risques d’accidents de la route.
Une démonstration de force à haut risque politique
Il sied de noter que, le lundi 26 janvier, près de trois mille agents issus de la Police nationale congolaise, de la division urbaine des Transports, de la brigade spéciale de protection de l’environnement et de la régie des fourrières ont été déployés sur soixante carrefours et axes sensibles. Leur mission est de faire respecter strictement le Code de la route, fluidifier la circulation et protéger la vie des usagers.
« Le respect du code de la route n’est plus une option, mais une obligation », a averti le gouverneur de la ville.
Les contrôles porteront notamment sur le permis de conduire, le contrôle technique, la vignette, l’assurance et le respect des grilles tarifaires dans les transports en commun. Les contrevenants s’exposeront à des amendes, à l’immobilisation et à la mise en fourrière de leurs véhicules.
Si l’autorité provinciale affirme que ces mesures visent à sauver des vies et faire gagner du temps aux Kinois, la stratégie suscite néanmoins des interrogations. La répression suffira-t-elle à résorber un problème nourri par des années de déficit infrastructurel, de laxisme et de corruption ? La population, déjà éprouvée, percevra-t-elle ces contrôles comme une libération ou comme une nouvelle source de tracasseries ?
Kinshasa à l’épreuve de la mise en œuvre
Au-delà des annonces, la réussite de cette réforme dépendra de la rigueur de son application, de la transparence des contrôles et de la capacité des autorités à éviter les abus.
Pour Daniel Bumba, l’enjeu est de taille. Une amélioration tangible de la circulation pourrait renforcer sa crédibilité politique, tandis qu’un échec risquerait d’alimenter le scepticisme déjà profond des citoyens envers les institutions.
La capitale congolaise retient son souffle. Cette guerre déclarée aux embouteillages marquera-t-elle enfin un tournant durable, ou rejoindra-t-elle la longue liste des réformes ambitieuses restées sans lendemain ? Les rues de Kinshasa livreront bientôt leur verdict.



Lydia Mangala


