Alors que le continent a les yeux rivés sur le Maroc pour la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) 2025, la capitale administrative a entamé la nouvelle année dans un calme déconcertant. Loin de l’effervescence attendue pour un tel événement double, la Saint-Sylvestre a ressemblé à n’importe quelle autre nuit de la semaine.
Une Médina en mode «affaires courantes»…
En plein cœur de la Médina, l’ambiance de fête était la grande absente. Vers 14h, sous un soleil d’hiver clément, quelques familles s’attardaient devant l’entrée principale pour immortaliser l’instant en photo. Mais au-delà de ces quelques clichés souvenirs, le tumulte habituel des préparatifs de réveillon manquait à l’appel.
Dans les ruelles étroites, les commerçants continuaient de proposer maillots des Lions de l’Atlas, vêtements et street-food locale. Pourtant, l’esprit de la «Bonne Année» ne flottait pas dans l’air.
« On vend des maillots parce que c’est la CAN, c’est ça notre fête à nous en ce moment, » confie Ahmed, vendeur de prêt-à-porter.
« Le Nouvel An ? C’est un jour comme les autres. Les gens achètent pour manger ou s’habiller, pas pour célébrer un changement de calendrier. », a-t-il poursuivi.
Minuit, le silence pour seul invité…

Le contraste est frappant pour les visiteurs étrangers. À l’heure fatidique de minuit, là où les capitales mondiales explosent de joie, de sifflets et de feux d’artifice, Rabat est restée plongée dans un silence presque solennel. Pas de klaxons frénétiques, pas de cris de joie dans les avenues Mohammed V et Hassan II. La circulation est restée fluide, loin des embouteillages monstres typiques des grandes célébrations.
Ce phénomène n’est pas isolé. Le constat était le même lors de la fête de Noël quelques jours plus tôt. Jusque-là, une question s’impose alors. Pourquoi ce désintérêt ? Si le 1er janvier est officiellement un jour férié au Maroc, sa place dans le cœur des Rbatis est complexe. Pour beaucoup, le Nouvel An reste une convention administrative plutôt qu’une fête populaire.
En fait, le Maroc, pays profondément attaché à ses racines musulmanes, privilégie naturellement les fêtes de l’Aïd. Le Nouvel An Amazigh (Yennayer), désormais reconnu officiellement, capte une part croissante de l’intérêt culturel et identitaire de la population. Si les grands hôtels et les quartiers huppés comme Hay Riad voient des soirées privées s’organiser, le peuple de la Médina semble s’en être détaché.
Fatiha, une mère de famille rencontrée près de la muraille des Andalous, résume bien le sentiment général.« On respecte le calendrier, mais notre cœur n’y est pas forcément. Pour nous, le vrai renouveau, c’est quand la famille se réunit pour les fêtes religieuses ou quand l’équipe nationale gagne un match. Ce soir, je préfère dormir tôt pour être en forme demain. », a-t-elle expliqué au micro de Zolanews.net.
Sans doute, ce «non-événement» souligne la dualité de la société marocaine. Une ouverture au monde et au calendrier international, juxtaposée à une fidélité inébranlable aux coutumes locales. En pleine CAN, le Maroc préfère sans doute garder son énergie pour les stades plutôt que pour les confettis du 31 décembre.
Josaphat Mayi, à Rabat


