Le débat autour de la dot refait surface avec intensité, porté notamment par la voix de Jemima Tunani, qui relaye une position largement partagée au sein des courants afro-féministes contemporains.
Elle remet en cause la manière dont la dot est pratiquée aujourd’hui dans de nombreuses sociétés africaines, bien loin de sa signification originelle.
De symbole d’alliance à transaction financière
À l’origine, rappellent les afro-féministes, la dot avait une fonction symbolique de créer un lien entre deux familles et reconnaître l’intégration sociale de la femme dans une nouvelle communauté. Elle n’était ni un prix ni un achat, mais un marqueur relationnel et culturel.
Cependant, dans de nombreux contextes actuels, cette pratique a progressivement glissé vers une logique marchande, où la dot devient une somme financière élevée, parfois négociée comme une transaction commerciale. Cette dérive alimente l’idée dangereuse selon laquelle « payer » donnerait des droits sur la femme, contribuant à renforcer des rapports de pouvoir profondément inégaux.
Des conséquences sociales et humaines lourdes
Selon Jemima Tunani, cette marchandisation a des répercussions concrètes et graves. Elle favoriserait une tolérance sociale accrue de la violence conjugale, du contrôle excessif et même du viol conjugal, souvent banalisés ou justifiés par l’argument de la dot versée.
À cela s’ajoutent des pratiques humiliantes telles que la pression exercée sur la femme et sa famille pour un éventuel remboursement de la dot, assimilant implicitement la femme à une marchandise retournable.
Dans certains cas, la dot devient aussi un prétexte pour retirer aux femmes leur autonomie sociale, les enfermant dans un statut de dépendance où le mari agit comme un tuteur, limitant leur droit d’exister pleinement en dehors du mariage.
Plus profondément encore, cette conception réduit la femme à un rôle de reproductrice ou d’objet de plaisir, niant sa reconnaissance comme sujet autonome, doté de droits, de choix et d’une individualité propre.
Culture, tradition et nécessité d’évolution
Les afro-féministes insistent sur le point fondamental qu’il ne s’agit pas de rejeter la culture africaine, mais de rappeler que les cultures évoluent. Tout ce qui est qualifié de « traditionnel » n’est pas automatiquement juste ou immuable. Certaines pratiques ont été déformées au fil du temps sous l’influence du colonialisme, de la religion, du capitalisme et du patriarcat, perdant ainsi leur sens initial.
Dans cette optique, plusieurs alternatives sont proposées notamment une dot symbolique et non monétaire, une cérémonie sans échange financier, ou encore la suppression pure et simple de la dot, afin de préserver l’union sans perpétuer des mécanismes d’oppression.
À travers cette prise de position, Jemima Tunani démontre que cette situation actuelle dépasse le cadre d’un fait divers pour devenir un miroir des tensions contemporaines entre tradition, droits des femmes et transformation sociale, invitant les sociétés africaines à repenser certaines pratiques à l’aune de la dignité humaine et de l’égalité.
Lydia Mangala


