Lors de la quatrième édition de la Conférence internationale Women UP, organisée par Le Zénith Magazine à l’Institut National des Arts, le quatrième panel consacré à « La précarité économique et son rôle dans la vulnérabilité des femmes » a marqué un moment fort de réflexion et d’engagement.
Modéré avec tact par la journaliste Joséphine Mawete, ce panel a été enrichi par l’intervention percutante de la Général-major Justine Sheshi, Commandante du corps logistique des FARDC et Point focal Genre au sein des forces armées.
Sous son propre haut patronage, les échanges ont mis en lumière les ressorts profonds de la domination économique que subissent les femmes en RDC, en particulier dans les zones affectées par les conflits armés.
La précarité, matrice de toutes les vulnérabilités

Dès l’ouverture de son intervention, la Général-major Justine Sheshi a posé le diagnostic.
« La précarité économique est un facteur transversal de la vulnérabilité des femmes. Elle agit directement sur leur capacité à s’émanciper, à participer aux décisions, à se protéger et à résister aux violences. », a-t-elle déclaré.
Son intervention s’est articulée en deux volets : d’abord l’identification des facteurs aggravants, ensuite la formulation de recommandations politiques et sociales concrètes.
Facteurs économiques : entre invisibilisation et exploitation

La conférencière a dressé un tableau sans détour de la condition économique des femmes en RDC, particulièrement fragile, et encore plus dramatique dans les régions de conflit, notamment à l’Est.
Parmi les causes structurelles évoquées :
• Faible accès à l’éducation et à la formation professionnelle ;
• Dépendance financière accrue vis-à-vis du conjoint ou de la famille ;
• Accès limité aux ressources productives, au crédit, à la terre et aux équipements agricoles ;
• Surreprésentation dans le secteur informel et les emplois précaires ;
• Charge domestique disproportionnée ;
• Violences économiques : contrôle abusif de l’argent, privation de moyens, chantage financier.
« À Goma, j’ai vu des femmes vendre leur dignité pour survivre. C’est la précarité économique qui pousse à l’extrême », a-t-elle témoigné.
Dans ces zones de conflit, les femmes subissent la perte de revenus, les déplacements forcés, l’exploitation par des groupes armés, et l’exclusion des programmes de relance économique, souvent faute de titres fonciers ou de réseau d’appui.
Des recommandations pour une résilience économique durable

La Général-major Justine Sheshi a proposé une série de mesures fortes, adaptées aux réalités de terrain :
Pour toutes les femmes :
• Rendre l’éducation secondaire et professionnelle des filles gratuite et obligatoire ;
• Mettre en place des dispositifs de soutien à l’autonomie économique (microcrédit, fonds publics-privés) ;
• Instaurer des quotas genrés pour l’accès à la terre et aux ressources productives ;
• Créer des services publics allégeant la charge domestique (garderies, cuisines communautaires…) ;
• Renforcer les lois contre les violences économiques et lancer des campagnes de sensibilisation.
Pour les femmes en zones de conflit :
• Intégrer systématiquement l’approche genre dans les réponses humanitaires ;
• Créer des « corridors de protection économique » pour les femmes déplacées ;
• Les prioriser dans les programmes de relance économique ;
• Mettre en place des observatoires féminins de suivi et documentation des abus ;
• Éduquer les communautés sur les droits des femmes en temps de guerre ;
• Reconstituer des filets de protection sociale d’urgence, notamment pour les cheffes de famille.
« Pas de paix durable sans justice économique »
En conclusion, la Général-major a lancé un appel sans détour.
« La paix durable ne se construit pas sur la seule absence de guerre, mais sur la justice économique. Et il n’y a pas de justice économique sans inclusion réelle des femmes, là où elles vivent, luttent, commandent ou survivent», dit-elle.
Pour elle, l’autonomisation économique des femmes n’est pas un privilège à accorder, mais un droit fondamental et une condition de stabilité nationale.
Dans une RDC où les femmes sont souvent les piliers invisibles de la survie collective, cet appel à transformer les structures économiques discriminatoires résonne comme un ordre de mission lancé à toute la société.
Lydia Mangala


