Ce mardi 22 avril 2025, l’Institut de recherche Ebuteli a levé le voile sur un phénomène inédit : la déferlante de corruptions qui a entaché les élections de décembre 2023 en République démocratique du Congo.
Dans son étude, sobrement intitulée « Corruption électorale sans frontière », Ebuteli révèle que ce scrutin multipartite, présidentiel, législatif, provincial et municipal, a subi les plus fortes dérives frauduleuses jamais recensées depuis le premier vote pluraliste de 2006.
Un constat accablant sur l’ensemble du territoire
L’enquête d’Ebuteli plonge au cœur d’un système gangrené par les interférences politiques à tous les paliers de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni).
Des nominations de responsables locaux, secrétaires exécutifs provinciaux et chefs d’antenne, ont été instrumentalisées par les partis dominants, chacun cherchant à placer ses affidés au sein de l’appareil électoral.
Pendant ce temps, des déviations massives de dispositifs électroniques de vote (DEV) et la circulation illégale de kits électoraux témoignent d’un détournement organisé des outils mêmes censés garantir la sincérité du vote.
Le rapport met aussi en lumière l’usage sporadique de l’encre indélébile, lorsque ce n’est pas sa substitution par des stratagèmes plus pervers, facilitant ainsi le vote multiple.
Dans plusieurs bureaux, surtout en zones isolées, des « recrutements » sur recommandations personnelles ont permis à des jeunes d’assurer, sous pression et parfois contre espèces sonnantes, un vote massif en faveur de tel ou tel candidat.
Au sommet de ces manœuvres, on trouve la privatisation pure et simple de machines à voter : certains candidats ou leurs soutiens ont acquis ces appareils au prix fort, jusqu’à 20 000 USD, pour les déployer à leur seul bénéfice.
Témoignages et pratiques illicites
Sur le terrain, les récits sont édifiants. À Bukavu, un ancien agent temporaire de la Ceni raconte comment il fut engagé sur simple piston d’un député local, dans le but explicite de « faire gagner le candidat ».
Dans plusieurs bureaux, la faible maîtrise technique des machines par les électeurs a été exploitée pour altérer les résultats. Parfois, des motos ou des véhicules officiels ont servi à transporter en douce des DEV vers des sites choisis, afin de procéder au bourrage d’urnes en toute discrétion.
Ajoutons à cela l’intervention de groupes de jeunes délinquants, les kuluna, chargés d’intimider et de semer la terreur, et l’image d’un processus dévoyé prend toute sa gravité.
Préconisations pour un futur moins opaque
Face à cette débâcle, Ebuteli formule des recommandations claires pour restaurer la confiance.
Il plaide pour des poursuites judiciaires rigoureuses contre les responsables de malversations, la révision en profondeur de la loi électorale pour y insérer des verrous anticorruption, et surtout l’indépendance totale des juridictions en charge des contentieux électoraux.
L’institut suggère également de confier le recrutement de tous les agents de la Ceni à un cabinet indépendant, via des concours transparents, afin d’éradiquer tout piston politique.
Enfin, pour empêcher le vote multiple, il recommande de substituer l’encre indélébile, trop facile à contourner, par la prise biométrique d’empreintes digitales, garantissant l’unicité de chaque suffrage.
Lydia Mangala


