Dans sa réflexion dominicale baptisée Vie de société congolaise et développement, le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya, a abordé un sujet qu’il reconnaît à la fois pertinent et dangereux.
Il s’agit de la prolifération des confessions religieuses en République démocratique du Congo et leur rôle potentiel dans la construction nationale.
Une croissance exponentielle des organisations religieuses
L’ancien gouverneur du Nord-Kivu rappelle qu’en l’an 2000, la RDC comptait environ 2.000 organisations religieuses, contre près de 20.000 aujourd’hui, selon les rapports disponibles pour la période 2020-2025.
Une explosion qu’il qualifie d’illustration de l’ingéniosité congolaise, à l’image des talents du pays dans la musique, le sport, le théâtre et, plus récemment, les réseaux sociaux.
De l’offrande spirituelle à l’offrande nationale
Julien Paluku propose une approche audacieuse en invitant les organisations religieuses à imiter leurs fidèles en instituant une offrande annuelle pour le développement du pays.
Selon ses calculs, si chaque confession versait seulement 1.000 dollars américains par an, la caisse commune dégagerait environ 20 millions USD chaque année, sans effort particulier.
Ces fonds pourraient être confiés à un comité exécutif interconfessionnel, chargé de créer des micro-entreprises. Pour le ministre, une telle initiative permettrait non seulement de soutenir le développement, mais aussi de générer des emplois pour les fidèles eux-mêmes.
Il estime qu’en cinq ans, ces fonds pourraient donner naissance à des start-up cumulant une valeur de 100 millions USD, et en vingt ans, contribuer à hauteur de 400 millions USD.
Religion et développement : une alliance féconde
S’appuyant sur l’expérience des grandes églises qui ont déjà construit des écoles, des centres de santé ou des réseaux d’adduction d’eau, Julien Paluku insiste :
« Sauver les âmes n’est pas d’immobiliser les personnes pendant des journées entières sans travailler, mais aussi les pousser au travail par des initiatives qui naissent de leurs propres contributions », a-t-il déclaré.
Il convoque la pensée du Pape Jean-Paul II, rappelant que c’est de la foi qu’il faut partir pour pratiquer la charité et que sauver les âmes qui souffrent passe aussi par l’utilisation rationnelle des ressources.
Entre critiques et perspectives
Le ministre reconnaît que sa réflexion peut susciter des critiques, positives comme négatives.
Il cite Karl Marx, qui voyait dans la religion l’opium du peuple, mais lui oppose l’analyse du sociologue Max Weber, qui dans L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, démontre comment certaines doctrines religieuses peuvent encourager des comportements favorables au développement économique.
Julien Paluku souligne toutefois qu’il ne s’agit pas pour les organisations religieuses de se substituer à l’État.
« Si pour l’État, on parle d’impôts et de taxes à utiliser rationnellement, pour les autres, on parle d’offrandes et de contributions volontaires. Chacun doit avoir son degré de redevabilité », écrit-il.
Une invitation à repenser la complémentarité
Pour lui, cette complémentarité entre l’État et les organisations religieuses pourrait accélérer le développement de l’Afrique, continent dominé par une foi abondante.
Son appel entre dans une vision pragmatique de mettre les ressources spirituelles et morales au service d’objectifs économiques et sociaux concrets, sans nier la mission première des confessions religieuses.
« Ce n’est pas manquer à faire, c’est nourrir l’esprit », conclut le ministre, qui assume les débats que suscitent ses réflexions.
Lydia Mangala


