Médecins Sans Frontières (MSF) a exprimé sa profonde inquiétude face à la dégradation rapide de la situation sécuritaire dans la zone de santé de Masisi, au Nord-Kivu, après une frappe aérienne ayant touché une zone résidentielle de Masisi centre, dans un contexte d’intenses affrontements entre les FARDC et les rebelles du M23/AFC.
Selon un communiqué de MSF, cette attaque survenue le vendredi 2 janvier 2026 a provoqué un lourd bilan humain parmi les civils, principalement des femmes et des enfants, pris au piège des combats.
Des dizaines de civils blessés pris en charge à l’hôpital de Masisi
MSF indique que 42 personnes blessées, souffrant notamment d’éclats d’obus et de traumatismes divers, ont été admises à l’Hôpital général de référence de Masisi, où elles ont été prises en charge par le personnel hospitalier local avec l’appui des équipes médicales de l’organisation humanitaire.
« Nos équipes médicales, en collaboration avec les soignants locaux, ont pris en charge les blessés, dont certains se trouvaient dans un état critique », a précisé MSF.
Selon l’ONG, au moins deux patients sont décédés peu après leur admission, tandis que plusieurs autres restent hospitalisés sous surveillance médicale.
Des sources locales et sécuritaires évoquent pour leur part un bilan encore plus lourd, faisant état d’au moins huit morts et de près de cinquante blessés parmi la population civile. Ces chiffres traduisent l’ampleur de la tragédie et la confusion qui règne après les bombardements.
Une frappe dans un quartier résidentiel et une population sous le choc
D’après les informations recueillies, un drone de l’armée congolaise aurait ciblé, dans l’après-midi, des positions présumées des rebelles de l’AFC/M23 dans le quartier Mont Ngaliema, à Masisi centre. L’attaque aurait cependant touché une zone densément habitée, provoquant des pertes civiles importantes.
Depuis cette frappe, une psychose généralisée s’est installée au sein de la population de Masisi, une commune rurale déjà fragilisée et en partie occupée par les rebelles.
De nombreux habitants vivent dans la peur de nouvelles attaques, tandis que des familles endeuillées tentent de faire face à l’urgence humanitaire.
MSF appelle au respect du droit international humanitaire
Face à cette escalade de violences, MSF rappelle que Masisi figure parmi les zones les plus durement affectées par le conflit dans l’Est de la RDC.
L’organisation affirme constater, dans l’ensemble de la région, d’importantes violences contre les civils ainsi qu’un non-respect des engagements internationaux visant à garantir leur protection et l’accès à l’assistance médicale et humanitaire.
MSF appelle toutes les parties au conflit à respecter strictement le droit international humanitaire, à protéger les populations civiles et à garantir un accès sûr et sans entrave aux soins de santé. L’ONG insiste sur la nécessité urgente d’une désescalade, afin d’éviter une catastrophe humanitaire encore plus grave.
Des voix politiques réclament une enquête indépendante
Réagissant à cette attaque, le député national élu de Masisi, Ayobangira Safari, a exprimé sa profonde indignation.
« Nous déplorons le bombardement par drone de Masisi centre, chef-lieu du territoire. Une tragédie de trop qui fauche la vie de plusieurs civils innocents », a-t-il déclaré.
Le parlementaire a présenté ses condoléances aux familles des victimes et à l’ensemble de la population meurtrie, tout en appelant à l’ouverture d’une enquête indépendante afin d’établir les responsabilités et que justice soit rendue.
« Cette guerre n’a que trop duré. Plus tôt nous y mettrons fin, plus nous sauverons des vies », a-t-il ajouté.
Une guerre qui continue de ravager l’Est du pays
Cette nouvelle tragédie survient malgré les initiatives diplomatiques et les accords de paix évoqués ces derniers mois.
Les affrontements persistants entre la coalition rebelle du M23/RDF, l’armée congolaise et leurs alliés continuent de faire des morts, des blessés et des milliers de déplacés, plongeant les populations civiles dans une précarité extrême.
À Masisi comme ailleurs dans l’Est de la RDC, les civils demeurent les premières victimes d’un conflit qui s’éternise, tandis que les organisations humanitaires tirent la sonnette d’alarme sur l’urgence de protéger les vies humaines et de restaurer l’accès aux soins.
Lydia Mangala


