L’audience tant attendue dans le procès concernant le détournement présumé des fonds alloués au projet du parc agroalimentaire de Bukanga-Lonzo, initialement prévue le lundi 03 mars, a été reportée au 14 avril prochain.
La décision, annoncée par le président de la Cour constitutionnelle, Dieudonné Kamuleta, fait suite à l’absence remarquée des prévenus clés lors de l’audience.
Les avocats de l’ancien Premier ministre, Matata Ponyo, de l’ancien gouverneur de la Banque centrale du Congo, Deogratias Mutombo, ainsi que de Kristo Grobler, ont expliqué que leurs clients n’avaient pas été notifiés de la tenue de cette audience par la Cour. Selon leurs conseils, l’absence de ces prévenus témoigne d’un dysfonctionnement dans la procédure de convocation.
Face à cette situation, le ministère public, représenté par le procureur général John Moke Mayele, a réclamé un report d’un mois, insistant sur la nécessité de ne plus céder aux caprices des accusés.
Le dossier, qui concerne un détournement présumé de plus de 200 millions de dollars, sur un budget global de 285 millions de dollars débloqués par le Trésor public, dont seulement 80 millions auraient été utilisés au profit du projet, soulève des interrogations quant aux mécanismes de gestion des fonds publics. Les accusations portent sur des surfacturations, l’octroi d’avantages financiers indus, la création de sociétés écrans et des détournements de procédures administratives. Par ailleurs, Matata Ponyo et Deogratias Mutombo sont également soupçonnés d’avoir omis de verser 89 millions de dollars destinés à la construction du marché international de Kinshasa, aggravant ainsi la perte pour l’État, qui s’élèverait à 205 millions de dollars.
Ce renvoi intervient dans un contexte de tensions politiques, certains observateurs notant que, depuis près de cinq ans, le pouvoir en place aurait mené une campagne médiatique vigoureuse contre Matata Ponyo, malgré le maintien de sa crédibilité et de sa légitimité. Pour ses avocats, l’absence des accusés à l’audience de ce lundi confirme que la procédure judiciaire n’a pas été correctement suivie, laissant planer le doute sur la régularité des convocations.
Le procureur général John Moke Mayele a dénoncé ce qu’il a qualifié de manœuvres dilatoires, avertissant que la Cour ne tolérera plus aucun nouveau report et devra désormais traiter l’affaire avec la rigueur nécessaire. Pendant ce temps, la population congolaise et les observateurs politiques attendent avec impatience des éclaircissements sur ce dossier, dont les répercussions pourraient modifier durablement le paysage politique et économique du pays.
Avec la nouvelle date fixée au 14 avril 2025, tous les regards restent désormais tournés vers la Cour constitutionnelle, qui se doit de mener ce procès dans le respect des droits de la défense et de l’intérêt général. Les enjeux restent colossaux, et la suite de l’affaire Bukanga-Lonzo promet d’être déterminante pour la crédibilité du système judiciaire congolais et pour la lutte contre la corruption au sein de l’État.
Lydia Mangala


