La question des baux à loyer en République démocratique du Congo revient avec force dans le débat public, portée par une grogne sociale de plus en plus perceptible à Kinshasa.
Hausse unilatérale et parfois exorbitante des loyers, expulsions arbitraires, absence de contrats écrits et sentiment d’abandon face au silence des autorités, autant de pratiques qui alimentent aujourd’hui la colère des locataires, notamment parmi les ménages à faibles revenus.
Cette situation, loin d’être nouvelle, avait pourtant été anticipée et dénoncée dès juillet 2024 par Alain Kyungu Mushidi, acteur politique congolais et Secrétaire général adjoint de l’UDPS Kibassa. À travers une letttre ouverte adressée au ministre de la Justice de l’époque, il alertait déjà sur les dérives persistantes dans le secteur locatif et sur les risques sociaux majeurs qu’une inaction prolongée de l’État pouvait engendrer.
Une alerte ignorée, des conséquences aujourd’hui visibles
Si cette démarche avait suscité un débat ponctuel, elle n’avait cependant débouché sur aucune mesure concrète. Près de deux ans plus tard, la réalité semble donner raison à cet avertissement. La montée de la contestation populaire autour des loyers apparaît désormais comme la conséquence directe d’un problème structurel laissé sans réponse.
Dans son plaidoyer, Alain Kyungu Mushidi rappelait que la RDC dispose pourtant d’un arsenal juridique suffisamment clair pour encadrer les relations entre bailleurs et locataires. La loi n°73-021 du 20 juillet 1973, portant régime général des biens, impose la formalisation écrite des contrats de bail et exige des loyers raisonnables, proportionnels à la valeur du bien loué.
Le Code civil, Livre III, encadre strictement les procédures de résiliation et d’éviction, garantissant notamment le respect du préavis légal. À cela s’ajoute la loi n°15/025 du 31 décembre 2015, qui renforce la protection des locataires, interdit les augmentations de loyer sans notification écrite préalable et proscrit les expulsions abusives.
Un fossé entre le droit et la pratique
Malgré ce cadre légal, l’application effective de la loi demeure largement déficiente. Sur le terrain, les abus se multiplient, laissant les citoyens sans véritable recours. Cette contradiction entre la norme juridique et la réalité quotidienne fragilise la confiance entre l’État et la population, tout en accentuant le sentiment d’injustice sociale.
Face à l’ampleur prise par la crise, Alain Kyungu Mushidi a décidé de relancer officiellement son plaidoyer. Il annonce l’actualisation de sa lettre ouverte, cette fois adressée au ministre de la Justice actuellement en fonction, avec ampliation au ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat, afin d’impliquer directement les secteurs clés concernés par cette problématique.
Une démarche ferme, mais ouverte au dialogue
Cette relance se veut à la fois ferme et responsable. Elle traduit un regret face à ce qui est perçu comme une indifférence prolongée des autorités compétentes, tout en maintenant une volonté claire de dialogue institutionnel.
Alain Kyungu Mushidi se dit disposé à participer à des cadres de concertation réunissant pouvoirs publics, experts juridiques et acteurs du secteur immobilier, dans l’objectif de co-construire des solutions durables, réalistes et socialement justes.
Un enjeu de stabilité sociale
Au-delà de la dénonciation, l’enjeu est majeur. Sans une régulation efficace des loyers, un encadrement strict des expulsions et un accès réel à la justice pour les locataires, la crise des baux à loyer risque de se transformer en un problème de société, avec des répercussions sur la paix sociale, la sécurité urbaine et la cohésion nationale.
En remettant cette question au centre de l’actualité, Alain Kyungu Mushidi se positionne en citoyen engagé et veilleur social, convaincu que prévenir vaut mieux que subir.
Il revient désormais aux autorités de traduire cette alerte en actions concrètes, afin de protéger les familles congolaises, restaurer la confiance des citoyens et démontrer que l’État reste attentif aux signaux qui montent de la société.
Lydia Mangala


