L’un des enjeux les plus cruciaux de l’Afrique centrale a été placé sur la table ce mardi 26 novembre 2025 à Kinshasa. Dans un contexte marqué par une instabilité chronique qui fragilise les États, perturbe les économies et éprouve les populations, l’Association des Conférences Épiscopales d’Afrique Centrale (ACEAC) a ouvert un forum d’experts dédié à l’actualisation de l’analyse socio-politique et sécuritaire dans la région des Grands Lacs.
Un rendez-vous stratégique sous le leadership de l’Église
La cérémonie d’ouverture a été présidée par S.E. Monseigneur Bonaventure Nahimana, Archevêque de Gitega, Président de la Conférence des Évêques catholiques du Burundi et Deuxième Vice-Président de l’ACEAC. Devant une assemblée d’universitaires, analystes sécuritaires, acteurs de la société civile et spécialistes de la gouvernance, le prélat a rappelé la nécessité de comprendre avec lucidité les dynamiques actuelles pour bâtir des réponses à la hauteur des défis traversés.
« Ce forum n’est pas seulement une rencontre intellectuelle, c’est une boussole. Nous devons analyser, non pour commenter le chaos, mais pour mieux le transformer en paix durable », a-t-il déclaré, insistant sur l’urgence de penser la région comme un espace d’interdépendance dont aucune crise ne peut être résolue de manière isolée.
Les Grands Lacs : un volcan en activité permanente
Depuis plus d’une décennie, la région des Grands Lacs — composée notamment de la RDC, du Burundi, du Rwanda, de l’Ouganda et de la Tanzanie — vit sous la pression des tensions politiques, de la méfiance diplomatique et des groupes armés qui exploitent les fragilités étatiques. L’Est de la RDC demeure l’épicentre de ces conflits, segment où les populations civiles paient le prix le plus lourd : déplacements massifs, violences sexuelles, exactions armées et ruptures communautaires.
Cette succession de crises a installé un climat de peur généralisée, transformant le quotidien des habitants en un exercice de survie. Dans plusieurs zones frontalières, des rivalités historiques non résolues et des calculs géopolitiques persistants alimentent les risques d’affrontements interétatiques, parfois couplés à des enjeux d’exploitation illicite des ressources naturelles.
L’ACEAC, un rempart moral entre les États et les peuples
Face à cette poudrière, l’ACEAC s’érige en porte-voix des sans-voix. Porteuse d’un plaidoyer pacificateur, l’organisation multiplie depuis des années les appels au dialogue, à la coopération sincère et au respect absolu de la dignité humaine.
L’objectif de ce forum va au-delà du diagnostic : il s’agit de produire un document référentiel, fondé sur des analyses multidisciplinaires, qui servira de base aux échanges de la prochaine Assemblée plénière des Évêques de l’ACEAC, prévue du 10 au 14 décembre 2025.
Un référentiel de plaidoyer pour la session épiscopale de décembre
Les conclusions issues des travaux techniques permettront de mieux cibler le plaidoyer de haut niveau, tant auprès des gouvernements, des communautés locales, des organisations régionales que des institutions internationales.
Les évêques s’appuieront sur ces analyses actualisées pour :
• Porter une parole prophétique et argumentée selon l’Évangile
• Interpeller les décideurs politiques sur leurs responsabilités
• Orienter les populations vers la culture de la paix
• Proposer des pistes réalistes de sortie de crise
Ce document servira également de levier de communication stratégique et d’influence morale, afin de dépasser l’émotion des communiqués ponctuels pour un engagement structuré et durable.
“Analyser ensemble, agir autrement”
Les experts réunis à Kinshasa ont une conviction commune : la paix ne reviendra pas par incantation, mais par une approche intégrée. Comprendre les causes politiques, sociales, sécuritaires et économiques des crises actuelles est désormais la seule voie pour enrayer durablement la violence.
Comme l’a résumé un participant en marge des travaux :
« Les Grands Lacs n’ont pas besoin d’analyses fragmentées, ils ont besoin d’intelligences réunies. Ce forum marque un tournant », a-t-il souligné.
Joséphine Mawete


