La Bibliothèque du Centre Wallonie-Bruxelles a accueilli, le samedi 20 septembre 2025, une table ronde dans le cadre de la Grande Rentrée Littéraire de Kinshasa 2025, placée sous le thème « Littérature engagée : une arme pour dénoncer et agir ? ».
Plusieurs auteurs et intellectuels congolais, dont Tony Elebe, Tiguy Elebe et N’anza Tata, ont animé ce rendez-vous littéraire marqué par une critique de Pat Le Gourou.
Parmi les interventions, celle de Tony Elebe, auteur de _Sur le pavé de la République_, a particulièrement retenu l’attention.
Avec une réflexion profonde et nuancée, il a proposé une autre manière de concevoir l’engagement de l’écrivain, en plaidant pour ce qu’il appelle une littérature engageante, c’est-à-dire une écriture capable de susciter l’action et de transformer la pensée des lecteurs.
Une réflexion sur l’écrivain engagé

Pour Tony Elebe, la question de l’engagement littéraire mérite d’être relativisée. Selon lui, tout auteur, d’une manière ou d’une autre, prend position à travers ses écrits :
« Lorsqu’on écrit, on se prononce forcément sur quelque chose. On réagit à sa société, on pose des questions, on interpelle. Donc, d’une certaine manière, tout écrivain est engagé », a-t-il expliqué.
Toutefois, il refuse de se voir enfermé dans une définition rigide de l’écrivain militant :
« Je ne m’étiquette pas sur une seule cause. Je touche à plusieurs thématiques. Je ne fais pas de la littérature de distraction, mais je ne me définis pas non plus comme un auteur totalement engagé », a-t-il précisé.
L’écriture comme reflet de la pensée
L’auteur a souligné que les dialogues entre personnages et les voix narratives ne sont jamais neutres : ils expriment nécessairement les convictions de celui qui écrit.
« Parfois, je masque ma pensée, parfois je la dévoile, parfois je discute avec moi-même. Mais ce qui est dit reflète toujours la pensée de l’auteur », a-t-il confié.
De ce point de vue, Tony Elebe rappelle que la littérature a toujours le potentiel d’influencer la société, jusqu’à inspirer les décideurs politiques :
« Les hommes politiques eux-mêmes ne naissent pas spontanément. Ils agissent parce qu’ils ont lu, parce qu’ils ont été inspirés. Les lectures façonnent leurs idées, orientent leurs décisions », a-t-il affirmé.
Vers une littérature engageante

Dans un passage marquant de son intervention, l’auteur de Sur le pavé de la République a proposé une distinction entre la littérature engagée et celle qu’il appelle engageante.
« Mon rêve serait d’être un auteur engageant. La finalité n’est pas de porter soi-même l’étiquette d’auteur engagé, mais que son écriture parvienne à susciter l’engagement d’autrui », a-t-il déclaré.
À travers cette nuance, Tony Elebe invite à dépasser l’opposition classique entre l’art pour l’art et la littérature de combat .
Selon lui, toute écriture est une réaction, une réponse à une insatisfaction ou à une observation, et c’est dans sa capacité à provoquer une réflexion et un mouvement qu’elle trouve toute sa force.
Une contribution essentielle au débat

Avec cette prise de parole, Tony Elebe a enrichi le débat sur le rôle de la littérature dans la société congolaise contemporaine.
En insistant sur la force des mots et la puissance des idées, il a rappelé que toute action naît d’abord d’une pensée formulée et partagée.
Plus qu’un simple positionnement personnel, son plaidoyer pour une littérature engageante a résonné comme une invitation aux auteurs congolais à écrire non seulement pour témoigner, mais aussi pour éveiller et entraîner leurs lecteurs vers le changement.
Lydia Mangala


