Ce samedi 10 mai 2025, un vent d’authenticité a soufflé sur le restaurant Cuisine Les Merveilles Sans Fin, à Kinshasa.
L’événement « ENTR’FEMMES », organisé par Makomi ya Lynn, initiative portée avec cœur par Lynn Mazianda Samba, a rassemblé des femmes, des soignantes, un médecin, mais surtout des voix vraies. Celles de femmes qui, dans l’intimité d’un cercle bienveillant, ont osé déposer leurs silences, raconter leurs douleurs, leurs surprises, leurs réalités face à cette étape bouleversante qu’est le post-partum.

Au cœur des échanges, Jean Lumbala, médecin, psychologue, sexologue et thérapeute de couple, a pris la parole. Avec douceur mais clarté, il a rappelé une vérité que l’on entend trop peu : la maternité ne se limite pas à l’accouchement.
C’est un voyage complexe, parfois lumineux, parfois douloureux, où le corps et l’esprit sont mis à rude épreuve.
Briser le tabou du post-partum : entre douleurs et non-dits

« Une femme qui a eu un enfant, elle a permis à la vie de continuer. » Cette phrase du Dr Lumbala a ouvert la voie à des témoignages poignants.
Des femmes, souvent en larmes, ont raconté la perte de cheveux après l’accouchement, les douleurs physiques, l’épuisement, le chamboulement sexuel, l’incompréhension de leurs conjoints.
Pour certaines, la grossesse a détruit tout désir ; pour d’autres, elle l’a intensifié. Une vérité parmi tant d’autres que beaucoup taisent par peur d’être jugées.
Plusieurs participantes ont souligné un fait souvent ignoré : les femmes ne sont pas préparées au post-partum. Une primipare l’a dit avec sincérité : ni son accouchement, ni ce qui a suivi ne lui avaient été expliqués.

Une autre, de petite taille, a dénoncé un personnel de santé mal formé à la diversité des corps féminins et à la dépression post-partum.
Le Dr Lumbala a révélé un chiffre choc : « 68 % des cas d’infidélité masculine commencent pendant la grossesse ». Selon lui, beaucoup d’hommes ne sont pas préparés aux transformations physiques et émotionnelles de leurs compagnes.
Il a insisté qu’il faut préparer une femme à la maternité, c’est aussi préparer son entourage. Maris, belles-mamans, aides-soignantes… tous devraient être inclus dans les cercles de sensibilisation.
Quand les témoignages deviennent des thérapies collectives

La dépression post-partum peut durer jusqu’à deux ans. Elle n’est pas un caprice, ni une faiblesse, encore moins une maladie honteuse. Elle est réelle, parfois silencieuse, souvent minimisée.
Le médecin recommande un accompagnement thérapeutique, un traitement adapté, mais surtout une écoute, une reconnaissance de la souffrance.
Il a ajouté que le meilleur moment pour faire l’amour pour une femme, c’est le soir, quand la prolactine est produite. Mais si elle est stressée, cette hormone chute. Le stress tue tout.
D’autres vérités dérangeantes ont émergé. Le lien entre les produits de défrisage et l’apparition de myomes chez les femmes noires. L’absence d’obligations de kinésithérapie prénatale et postnatale dans notre pays, alors qu’en Belgique, huit séances sont imposées. Le manque criant de gynécologues humains, attentifs à l’histoire singulière de chaque femme.
Enfin, le témoignage d’une femme médecin a sonné comme une alarme :
« Les femmes ne sont ni préparées ni informées au post-partum. Il faut les accompagner, les suivre après l’accouchement. »
Makomi ya Lynn : un espace de parole pour guérir en confiance
Makomi ya Lynn, c’est plus qu’un espace. C’est un refuge. Un lieu où les larmes sont permises, les tabous brisés, les mots libérés.
Créé il y a quelques mois par Lynn Mazianda Samba, c’est un havre de paix où se mêlent écoute, prière, partage, et bienveillance. Ici, on ne juge pas. On tend la main.

Cet après-midi, entre les sourires, les silences lourds, les révélations crues, un fil invisible reliait toutes ces femmes : celui de la résilience.
Et dans ce monde où les douleurs féminines sont encore trop souvent tues ou ignorées, ENTR’FEMMES a prouvé qu’une parole libérée peut déjà commencer à guérir.
Lydia Mangala


