Hier mercredi 09 avril 2025, l’Observatoire de la Dépense Publique (ODEP) a levé, à travers un communiqué officiel,
le voile sur d’énormes détournements de fonds orchestrés entre 2019 et 2023 par l’administration du gouverneur Gentiny Ngobila.
Ce dossier, qui concerne le contrat de reconstruction du Marché Central de Kinshasa, met en lumière ce que l’ODEP décrit comme « la spoliation méthodique des ressources publiques » et une gouvernance « calamiteuse, illégale et prédatrice ».
Un contrat aux avantages disproportionnés
Conclu en mars 2021 avec la société Sogema Sarl, le contrat de reconstruction accorderait, selon l’Observatoire, un contrôle total sur l’un des plus grands pôles commerciaux d’Afrique centrale pour une durée de 25 ans.
L’ODEP rappelle que cette société, dépourvue de capital propre, d’expérience avérée et sans assumer de risque financier, perçoit 20 % des recettes générées par le marché. De plus, tous les revenus, taxes, redevances, publicités, sont perçus par Sogema sans aucun mécanisme de partage clairement défini.
Le financement de l’opération se ferait par un prêt contracté auprès de la Sofibanque, dont le remboursement incomberait au gouvernorat de Kinshasa. Par ailleurs, les équipements achetés avec ce prêt deviennent la propriété de Sogema, engageant la ville en cas de non-remboursement.
Un appel au redressement judiciaire
Pour l’ODEP, ce dossier n’est pas un simple partenariat public-privé, mais bien un transfert de souveraineté économique à une société écran proche des hautes sphères du pouvoir. D’après le rapport, l’absence de contrôle rigoureux lors de l’exécution du contrat a permis à cette dérive.
L’Observatoire exige dès lors l’ouverture immédiate de poursuites judiciaires contre l’ex-gouverneur Gentiny Ngobila pour détournement de fonds, ainsi qu’une enquête sur des paiements irréguliers de plus de 215 millions USD au bénéfice de Godefroid Mpoyi, alors président de l’Assemblée provinciale de Kinshasa.
Une sonnette pour les finances publiques
Ce communiqué, étayé par le rapport de la Cour des Comptes, est présenté par l’ODEP comme un sonnette en faveur d’une réforme en profondeur de la gestion des deniers publics en RDC.
Pour l’Observatoire, ce dossier emblématique illustre à quel point une gouvernance défaillante peut conduire à un enrichissement illicite d’intérêts privés au détriment de la collectivité, appelant ainsi à une responsabilisation immédiate des acteurs impliqués.
Lydia Mangala


