Ce mercredi 13 mai 2025, le vice-Premier ministre chargé de l’Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires coutumières, Jacquemain Shabani Lukoo, a adressé un message officiel à l’ensemble des services de sécurité et des administrations déconcentrées, enjoignant la suspension immédiate de trois partis politiques : Action pour la Dignité du Congo (ADCP), Mouvement Lumumbiste Progressiste (MLP) et Union des Patriotes Congolais (UPC).
Une injonction toutes affaires cessantes
Dans ce communiqué, le VPM exige l’application sans délai des arrêtés pris le 3 mai 2025.
Il ordonne que, sur toute l’étendue du territoire national, les activités, les réunions et les organes décisionnels de l’ADCP, du MLP et de l’UPC soient immédiatement suspendus.
Le ton employé, marqué par l’expression « toutes affaires cessantes » et « veuillez à l’application sans faille », ne laisse aucune place à l’interprétation : l’ordre est présenté comme incontestable et impératif.
Trois partis au cœur de la tourmente
L’ADCP est un mouvement politique récent qui s’est fait connaître par ses campagnes en faveur d’une plus grande transparence dans la gestion des ressources publiques.
Le MLP, quant à lui, se réclame de l’héritage de Patrice Lumumba et rassemble une frange de la jeunesse engagée sur la scène nationale.
Enfin, l’UPC regroupe des cadres traditionnels et des militants de l’opposition parlementaire. Ensemble, ces trois formations couvraient un large spectre idéologique et social, et leur suspension crée un vide politique que beaucoup jugent préoccupant à l’approche des prochaines échéances électorales locales.
Vers un recours en annulation
Dans l’immédiat, les bureaux nationaux de l’ADCP, du MLP et de l’UPC n’ont pas encore publié de communiqué officiel, mais des avocats de ces partis envisagent de saisir la Cour constitutionnelle pour excès de pouvoir.
Ils fondent leur contestation sur le principe de séparation des pouvoirs et sur les procédures légales encadrant la suspension ou la dissolution d’un parti politique, qui doivent normalement passer par une décision judiciaire ou parlementaire après instruction d’une commission spécialisée.
Enjeux pour la démocratie congolaise
Cette décision du gouvernement soulève de nombreuses interrogations quant au respect des droits politiques et à la liberté d’association en RDC.
Alors que la loi électorale prévoit des mécanismes précis de sanction des partis, impliquant souvent l’intervention du Conseil supérieur de la magistrature ou du Parlement, la mesure prise par simple arrêté ministériel apparaît pour beaucoup comme une entorse aux garanties constitutionnelles.
Dans un climat politique déjà tendu, la suspension de l’ADCP, du MLP et de l’UPC risque d’enclencher un bras de fer entre l’exécutif et l’opposition, et de susciter de vives réactions de la société civile et de la communauté internationale.
Lydia Mangala


