Dans le cadre de la 9ᵉ édition de la Semaine française de Kinshasa (SFK9), l’atelier dédié aux innovations éducatives et à l’usage du numérique dans l’éducation en RDC a mis en avant la réalité selon laquelle la transformation digitale du système éducatif congolais est en marche, portée par des acteurs publics et privés engagés. Au centre des échanges, Schoolap, plateforme EdTech née en République démocratique du Congo et devenue aujourd’hui un acteur africain de référence, s’est particulièrement démarquée par l’ampleur de son impact et la profondeur de sa vision.
Modéré par le Professeur Madimba Kadima-Nzuji de l’Université des Sciences de l’Information et de la Communication (UNISIC), l’atelier a permis de croiser les expériences, les innovations et les politiques publiques pour rendre l’éducation plus accessible, plus efficace et mieux connectée aux réalités contemporaines.
Prenant la parole, Christian Laby, Directeur Pays Afrique de Schoolap, a retracé le parcours d’une entreprise née en 2018 en RDC et qui s’est progressivement étendue à plus de cinq pays africains ainsi qu’aux Émirats Arabes Unis. Aujourd’hui présente notamment au Mali, en Éthiopie, au Kenya, au Bénin, au Burkina Faso et en Côte d’Ivoire, la plateforme s’impose comme un outil de gestion scolaire complet.
Il a présenté Schoolap Tout-en-un comme une solution intégrée permettant aux enseignants, parents et élèves de suivre en temps réel la vie scolaire dans la gestion des présences, des notes, la communication automatisée avec les parents par SMS, le suivi des paiements et l’accès aux contenus pédagogiques actualisés.
Au-delà de l’aspect technique, il a insisté sur la vision sociale de remettre les parents au centre du processus éducatif. Selon lui, un enseignant impacte en moyenne 50 élèves par jour, ce qui rend indispensable un outil capable de prolonger cet impact dans les foyers.
Christian Laby a également mis en avant la digitalisation des examens nationaux en RDC. Depuis 2021, Schoolap accompagne le ministère dans la transformation numérique de l’EXETAT, de l’ENAFEP et du TENASOSP.
Ce processus, autrefois lourd et basé sur plus de 300 000 fiches papier, est désormais entièrement numérisé grâce notamment à la plateforme Diplôme.cd. Il a souligné qu’en 2024, l’obtention d’une attention de réussite numérique est devenue plus accessible et moins coûteuse, passant de 10 à 4 dollars.
L’intervention a également mis en évidence la dimension continentale de Schoolap. Présente dans plusieurs pays africains et soutenue par des partenariats internationaux, l’entreprise s’est développée jusqu’à installer son siège international à Dubaï, tout en gardant son ancrage opérationnel en Afrique.
Avec plus de 34 employés directs en RDC, Schoolap développe des solutions adaptées à chaque contexte national, tout en maintenant une logique d’accessibilité hors connexion, un élément essentiel dans plusieurs zones rurales.
L’entreprise a également introduit des kits numériques accompagnés de solutions énergétiques comme des powerbanks et kits solaires pour pallier les défis d’accès à l’électricité, permettant de réduire les barrières technologiques dans les écoles.
Du côté institutionnel, Rodrigue Iyembo, Chargé d’études en intégration des TIC au ministère de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté, a rappelé l’ampleur du défi éducatif en RDC avec plus de 120 000 écoles à encadrer.
Il a salué la collaboration avec Schoolap, notamment dans la modernisation des examens et la gestion des données scolaires. Il a expliqué que grâce à cette coopération, des résultats d’examens peuvent désormais être publiés en quelques jours seulement, contre plusieurs semaines auparavant.
Il a également évoqué les avancées majeures en matière d’enseignement à distance, désormais institutionnalisé pour assurer la continuité pédagogique même dans les zones difficiles d’accès.
Selon lui, la RDC s’engage résolument vers une transformation structurelle du secteur éducatif, soutenue par une stratégie nationale TIC en cours de finalisation et une vision de numériser entièrement le système éducatif d’ici 2028.
Au-delà des outils, Christian Laby a insisté sur l’impact global de Schoolap notamment avec la réduction de l’usage du papier, l’amélioration de la transparence, l’implication des parents, la création d’emplois pour les jeunes et le développement de compétences numériques.
L’entreprise a également lancé des initiatives comme Schoolap Academy, dédiée à la formation et à l’entrepreneuriat des jeunes, ainsi que des programmes de stage pour élèves.
Pour le Directeur Pays de Schoolap, chaque problème éducatif peut devenir une opportunité d’innovation lorsqu’il est abordé avec une vision entrepreneuriale et sociale.
Il revient à noter que l’éducation congolaise entre dans une nouvelle ère, où le numérique n’est plus un simple outil, mais un levier de transformation systémique. Au cœur de cette transformation l’innovation locale occupe désormais une place centrale, et Schoolap en est l’un des symboles les plus visibles.
À travers Schoolap et les politiques publiques en cours, la RDC semble poser les bases d’un écosystème éducatif plus connecté, plus inclusif et plus performant, capable de répondre aux défis d’un pays vaste, jeune et en pleine mutation.
Lydia Mangala


