Dans une interview exclusive accordée au média européen The Soft International, le Vice-Premier Ministre en charge de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, revient sur les réformes engagées depuis sa prise de fonction en mai 2024 et sur leurs effets concrets, notamment la baisse spectaculaire du prix du carburant à Kinshasa.
Depuis fin septembre 2024, le litre d’essence se vendait à 3.440 CDF dans la capitale. En février 2026, il est passé à 2.440 CDF. Une baisse de 1.000 francs congolais pour le consommateur. Un chiffre fort, qui symbolise selon lui le redressement progressif d’un secteur longtemps fragilisé.
À son arrivée au ministère, Daniel Mukoko Samba affirme avoir trouvé un secteur pétrolier sous forte tension financière. Les pertes et les manques à gagner étaient élevés. Les entreprises souffraient. L’État aussi. Il existait également des distorsions dans la fixation des prix, liées notamment aux écarts entre le taux de change officiel et celui du marché. Il y a eu un système peu clair, peu stable et difficile à contrôler.
« Le vrai défi était de restaurer la transparence, la discipline et la prévisibilité », explique-t-il simplement.
Pour remettre de l’ordre, plusieurs mesures ont été prises notamment la révision des structures de prix pour éliminer les paramètres fictifs, la certification rigoureuse des pertes et manques à gagner, la suppression des subventions carburant aux entreprises minières et la réforme fiscale sectorielle Le double objectif était d’alléger la pression sur le budget de l’État et de garantir un approvisionnement stable du pays en produits pétroliers. Selon le VPM de l’Economie, ces mesures ont permis d’améliorer les recettes publiques, d’augmenter les volumes échangés et, surtout, de tourner la page des manques à gagner depuis le dernier trimestre 2025.
« La rigueur est un processus continu », insiste-t-il.
Pour lui, les réformes doivent survivre aux personnes. Elles doivent être institutionnalisées, formalisées, tracées.
Au-delà du pétrole, Daniel Mukoko Samba explique que sa priorité a été la lutte contre la vie chère. il a identifiés les prix des produits alimentaires de base, le marché du maïs et les produits pétroliers
En 2024, la RDC a importé des centaines de milliers de tonnes de blé et de riz pour répondre à la demande intérieure. Pour alléger les coûts, le gouvernement a suspendu temporairement la TVA et réduit certains droits de douane sur des produits de première nécessité.
Concernant le maïs, très consommé dans les espaces Katanga et Kasaï, des mesures spécifiques ont été prises pour éviter la spéculation et faciliter l’approvisionnement, notamment en collaboration avec la SNCC et le Service National. Les effets, selon lui, ont commencé à se faire sentir dès janvier 2025.
Interrogé sur l’accord signé à Washington en décembre 2024, le VPM de l’Economie rejette l’idée d’un simple troc minerais contre sécurité. Il parle plutôt d’un partenariat stratégique global entre la RDC et les États-Unis, touchant à l’économie, à la sécurité, à la technologie et aux échanges institutionnels. La RDC, dit-il, cherche à diversifier ses partenariats et à mieux s’intégrer dans les chaînes de valeur mondiales.
Sa participation au Forum de Davos en Suisse entre dans cette logique de donner de la visibilité au pays, rassurer les investisseurs et montrer que des réformes sérieuses sont en cours.
Plus d’une décennie après avoir popularisé l’expression « coulage des recettes publiques », Daniel Mukoko Samba affirme que le combat continue. Il cite un exemple concret. Après la suppression des subventions pétrolières aux entreprises minières en août 2025, les recettes douanières mensuelles de ce secteur sont passées d’environ 4,5 milliards de CDF à 80 milliards de CDF.
Pour lui, le problème n’est pas seulement une question d’acteurs, mais surtout de mécanismes. Lorsque les règles sont floues, les dérives apparaissent. Quand elles sont claires et contrôlées, les déséquilibres diminuent.
Professeur d’économie et auteur de l’ouvrage « Guérir le Congo du mal zaïrois », il parle souvent de réforme institutionnelle, de discipline budgétaire et de transparence. Il reconnaît que la guérison d’un État est un travail de longue haleine. Il n’y a pas de miracle rapide. Mais il estime que la RDC est engagée sur la voie de la stabilisation macroéconomique.
Même l’émission d’obligations du Trésor, souvent mal comprise, est selon lui un outil moderne de gestion budgétaire, destiné à mieux gérer les décalages entre recettes et dépenses.
À la fin de l’entretien, le VPM Daniel Mukoko Samba se décrit comme un économiste engagé au service de l’intérêt général. Pour lui, les réformes doivent produire des résultats visibles tels que baisse des prix, emplois, infrastructures, stabilité. C’est par les faits, dit-il, que la confiance se construit.
La baisse de 1.000 CDF du prix du litre d’essence à Kinshasa est, selon lui, un premier signal. Mais il le répète que beaucoup reste encore à faire.
Lydia Mangala


