ZolaNews continue de mettre à l’honneur les travaux académiques congolais qui abordent des enjeux cruciaux de la société. Cette fois, notre rédaction fait découvrir le travail de Diane Modikilo Pembe, étudiante en Master 2 à l’Université des Sciences de l’Information et de la Communication (UNISIC), au sein de la Faculté de Communication, Éducation et Développement, département de Communication sociale pour le changement de comportement.
Sous la direction du Professeur Élite Ipondo Godefroid, elle a défendu, le 3 octobre dernier, un mémoire passionnant intitulé : « La perception de message du PNMLS sur la lutte contre le VIH/SIDA par le public de la commune de Bandalungwa ».
Un sujet d’une actualité brûlante, qui interroge l’efficacité de la communication sanitaire dans une société où les comportements à risque et les tabous persistent encore.
Une recherche qui relie communication et santé publique

À travers ce travail, Diane Modikilo s’intéresse à la manière dont les habitants de la commune de Bandalungwa, à Kinshasa, perçoivent et reçoivent les messages de sensibilisation du Programme National Multisectoriel de Lutte contre le SIDA (PNMLS).
L’objectif est de comprendre si ces messages sont réellement compris, accessibles et culturellement adaptés, mais aussi s’ils influencent concrètement les attitudes et comportements en matière de prévention (dépistage, usage du préservatif, fidélité, non-discrimination, etc.).
La chercheuse part du constat que malgré la multitude de campagnes et d’efforts du PNMLS, le taux de nouvelles infections et de stigmatisation reste préoccupant, preuve que la communication ne suffit pas toujours à changer durablement les comportements.
Un double intérêt : scientifique et personnel

Diane Modikilo souligne que son étude présente un double intérêt :
– Scientifique, car elle enrichit les recherches en communication sociale, éducation et développement, en explorant la dimension de réception et perception des messages de santé publique ;
– Personnel, parce qu’elle lui a permis d’aiguiser son regard d’analyste sur la communication éducative et participative, et d’évaluer concrètement l’impact des stratégies du PNMLS sur le terrain.
Une méthodologie immersive : comprendre le public dans son milieu réel

Pour mener son étude, l’auteure a opté pour une méthode ethnographique, centrée sur l’observation directe des comportements, appuyée par des entretiens qualitatifs avec des habitants de Bandalungwa issus de différents milieux : enseignants, étudiants, commerçants, professionnels de santé, leaders religieux, chauffeurs et journalistes.
Cette approche a permis de recueillir des perceptions variées, souvent contrastées, mais toutes révélatrices du rapport complexe entre message institutionnel et réalité quotidienne.
Des constats riches et nuancés

Les résultats de l’enquête de terrain sont à la fois encourageants et interpellants :
– La majorité du public connaît le PNMLS et juge ses messages utiles et nécessaires, notamment en matière de dépistage, de prévention et de non-discrimination ;
– Cependant, plusieurs enquêtés estiment que les messages sont trop génériques, théoriques ou répétitifs, parfois mal adaptés aux réalités culturelles et linguistiques ;
– Les jeunes réclament des formats plus modernes (vidéos courtes, chansons, influenceurs, réseaux sociaux) ;
– Les couches populaires pointent un langage trop technique et peu accessible ;
– Les leaders religieux apprécient les messages sur la fidélité et l’abstinence, mais jugent certains contenus trop éloignés des valeurs spirituelles ;
– Les professionnels de santé et responsables d’ONG insistent sur la nécessité de continuité dans les campagnes, souvent concentrées autour de la Journée mondiale du SIDA (1er décembre) ;
– Enfin, les journalistes et communicateurs recommandent une contextualisation des messages selon les provinces et cultures locales.
En somme, la perception du public est mitigée. Les messages sont jugés utiles, mais parfois mal ciblés et peu participatifs.
Des pistes de solutions pour une communication plus vivante et inclusive
Dans la dernière partie de son mémoire, Diane Modikilo ne s’est pas seulement contentée d’observer mais elle a proposé des solutions concrètes pour renforcer l’efficacité des campagnes du PNMLS et des initiatives similaires :
– Renforcer l’usage du numérique et des médias sociaux afin de s’adresser directement aux jeunes et d’instaurer une communication participative ;
– Adapter les messages aux contextes culturels et linguistiques locaux, en tenant compte des réalités communautaires ;
– Impliquer davantage les leaders communautaires, religieux et associatifs (ONG, ASBL, éducateurs, etc.) pour garantir un relais durable ;
– Collaborer avec les chaînes de télévision, radios et influenceurs pour la diffusion régulière de spots éducatifs et interactifs ;
– Multiplier les sensibilisations (deux à trois fois par an) au lieu d’attendre uniquement la date symbolique du 1er décembre ;
– Organiser plus de conférences, débats publics et émissions radiotélévisées pour maintenir le dialogue autour du VIH/SIDA.
Ces recommandations traduisent la vision de faire de la communication un levier vivant, culturellement enraciné et socialement efficace.
Une étude socialement pertinente pour une RDC plus consciente
L’étude de Diane Modikilo dépasse le cadre académique. Elle met en lumière la nécessité d’une communication de santé publique plus humaine, plus proche et plus durable.
Son mémoire rappelle que la lutte contre le VIH/SIDA ne se gagne pas seulement par la médecine, mais aussi, et surtout, par une communication adaptée, compréhensible et continue.
« Les messages du PNMLS ne sont pas rejetés par la population, mais ils ont besoin d’être réinventés, contextualisés et rendus vivants pour réellement transformer les comportements », affirme la chercheuse.
ZolaNews, vitrine des chercheurs et communicants engagés
À travers cette publication, ZolaNews réaffirme son engagement à valoriser les jeunes chercheurs congolais dont les travaux contribuent à l’amélioration de la société.
Le mémoire de Diane Modikilo est une belle illustration d’une réflexion rigoureuse, ancrée dans le réel, et porteuse d’un message fort, communiquer, c’est aussi sauver des vies.
Lydia Mangala


