Une centaine de femmes et de jeunes filles congolaises ont saisi, le lundi 27 avril, le ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa, pour exiger l’ouverture de poursuites judiciaires contre des propos sexistes et injurieux visant la Première ministre, Judith Suminwa Tuluka.
Cette démarche intervient à la suite d’une marche pacifique organisée à Kinshasa, marquée par une forte mobilisation citoyenne dénonçant des attaques jugées inacceptables contre la cheffe du Gouvernement.

Conduites notamment par Maître Thérèse Kulungu, coordinatrice nationale du mouvement de la Marche mondiale des femmes, les manifestantes ont remis au ministre un mémorandum détaillé condamnant fermement des propos tenus sur les réseaux sociaux par un individu se présentant sous le nom de « Dinosaure », et se réclamant, sans mandat, communicateur du Président de la République.
Dans leur document, les femmes dénoncent des propos outrageants, injurieux et manifestement sexistes, estimant qu’ils portent atteinte non seulement à la dignité de la Première ministre, mais aussi à celle des femmes congolaises dans leur ensemble.
Réagissant à cette saisine, le ministre de la Justice a salué une démarche qu’il qualifie de citoyenne, responsable et structurée. Dans une déclaration sur X, Guillaume Ngefa a affirmé avoir pris acte des préoccupations exprimées par les manifestantes.
« Ce document condamne avec force les propos outrageants, injurieux et manifestement sexistes. Je salue cet engagement citoyen exemplaire, marqué par la dignité, la responsabilité et la détermination », a-t-il déclaré.

Le Garde des Sceaux a ensuite été catégorique sur la réponse judiciaire attendue.
« Aucun acte de haine, d’injure ou de diffamation ne restera impuni. Les auteurs seront identifiés et traduits devant les juridictions compétentes, conformément aux lois de la République », a-t-il assuré.
Dans son intervention, le ministre a également tenu à rappeler les limites de la liberté d’expression dans un État de droit. Tout en réaffirmant son caractère fondamental, il a insisté sur le fait qu’elle ne peut être utilisée pour justifier des atteintes à la dignité des personnes ou des institutions.

« La liberté d’expression est un droit fondamental garanti par notre Constitution. Toutefois, elle ne saurait être instrumentalisée pour porter atteinte à la dignité, à la réputation ou à la sécurité de quiconque », a-t-il indiqué.
Il a également averti sur l’usage des réseaux sociaux, rappelant qu’ils ne constituent en aucun cas un espace de non-droit.
Selon le ministre, des mesures sont déjà en cours pour identifier les auteurs des propos incriminés et engager les procédures judiciaires appropriées.
« La justice ne parle pas : elle agit. Nous poursuivrons ces actions avec détermination afin que nul ne puisse impunément s’attaquer à l’image de la République et à l’honneur de ses représentants », a-t-il déclaré.

Cette mobilisation féminine met en lumière un débat plus large sur la lutte contre les discours de haine, le sexisme et les dérives sur les réseaux sociaux en République démocratique du Congo.
Pour les organisations de femmes, cette démarche vise à établir un précédent juridique et institutionnel clair selon lequel les attaques sexistes contre les femmes occupant des fonctions publiques ne doivent plus rester sans réponse.
En conclusion de sa déclaration, Guillaume Ngefa a réaffirmé l’engagement de l’État à protéger la dignité des citoyens et des institutions.
« La République demeurera toujours aux côtés de ses citoyens pour défendre leur dignité et préserver la respectabilité de ses institutions », a-t-il conclu.
Dans ce contexte, la réaction du ministère de la Justice apparaît comme un avertissement envoyé aux auteurs de propos haineux en ligne, mais aussi comme un rappel de la volonté des autorités de renforcer la régulation de l’espace numérique.
Lydia Mangala


