Lors de la conférence « La photographie comme écriture », c’est le Professeur Baudouin Bikoko qui a clos la série des allocutions, en partageant le parcours singulier de son livre « Photo comme écriture » et en retraçant l’histoire visuelle de la RDC.
Un texte né d’une décennie de patience

Bikoko a d’abord rendu hommage au Professeur Henri Kalama, sans qui son manuscrit serait resté confidentiel :
« Monsieur Baudoin, est-ce que je peux emporter ce texte à Londres ? »
C’est par cette question, posée à Kinshasa par un visiteur de l’Université d’art de Londres, qu’a débuté l’aventure éditoriale, après plus de dix ans de gestation.
Acceptant la traduction conditionnée à ses droits d’auteur, il a reçu en décembre 2024 la version anglaise de « Photo comme écriture », avec le titre « Photo as writing ».
Pour rendre ce texte accessible à ses étudiants francophones, il s’est tourné vers le délégué de Wallonie-Bruxelles et Rosette Kabona :
« Ils ont dit oui et m’ont même proposé de trouver ensemble un endroit pour que je transporte mes archives, afin qu’elles soient visibles et que les visiteurs puissent découvrir mon travail. »
Photographie : art, écriture et industrie

Le Professeur Bikoko a ensuite interrogé le statut de l’image :
« Une bonne photographie consiste à capturer la profondeur des sentiments, pas seulement la profondeur de champ. »
En citant Peter Adams, il rappelle que la valeur d’une photographie ne se limite pas à la qualité de ses procédés techniques mais à sa capacité à émouvoir et raconter une histoire.

Il replonge dans l’Antiquité : Aristote s’intéressait déjà à la « chambre noire » au IVᵉ siècle av. J.-C., soulignant l’ambiguïté originelle entre simple procédé mécanique et création artistique.
Le pictorialisme, vers 1890, puis l’enseignement à Munich (1900) et au Bauhaus, ont progressivement légitimé la photographie comme discipline universitaire.
Un récit visuel de la RDC

Son livre n’est ni un manuel technique, ni un traité philosophique :
« C’est un récit visuel qui retrace l’histoire de la photographie congolaise » dit-il.
Il y a retracé les premiers clichés apparus autour de 1888 et le studio pionnier de Samuel Lema en 1925, suivis par Antoine Fretasse, Lucien Lema, Georges Fretasse, et d’autres.
Il a mis en lumière les étudiants de l’Académie des Beaux-Arts notamment Rachel, Malaïka, Arsène Piana, Daniel Gloire et les photographes qui ont tracé de nouvelles voies : Tshiamala, Blin, Jacqueline Sidula qui est première femme photographe à Kinshasa, sans oublier lui-même.
Écrire avec la lumière, aujourd’hui et demain

En conclusion, il rappelle l’étymologie forgée par John Herschel :
« La photographie, c’est écrire avec la lumière »
Née avec Daguerre et Niépce, développée grâce aux procédés de fixage toujours en usage, elle s’est affirmée comme art, métier et industrie.
Malgré les défis de la numérisation et de l’intelligence artificielle, elle reste résiliente, explorant désormais la réalité augmentée et les métavers.
Fort de politiques culturelles volontaristes et d’une innovation constante, la photographie congolaise continue d’enrichir nos vies, de documenter notre monde et de repousser les frontières de l’expression créative.
Lydia Mangala


