Ce mardi 1er juillet 2025, le Centre culturel et artistique des Pays de l’Afrique centrale (CCAPAC) a accueilli la deuxième journée du Congrès panafricain des Jeunes Universitaires Congolais, organisé par la Représentation des Étudiants du Congo en collaboration avec l’ONG Urgences Panafricanistes.
Modéré par Euphrasie Kayembe et Isaac Okani, ce rendez-vous a mis la jeunesse au cœur d’un débat historique : comment comprendre et répondre aux trente années d’agression qui ont ravagé l’Est de la République démocratique du Congo ?
Le panel de cette deuxième journée, modéré par les journalistes Willy Kalengayi et Chantal Kanyimbo, était donc intitulé « Autopsie de 30 ans d’agression Rwandaise ».
Genèse et répercussions économiques de l’exode de 1994

La séance a débuté par une vidéo retraçant les moments forts de la veille, avant qu’un court-métrage ne plonge l’assistance dans l’enfer rwandais de juillet 1994.
C’est alors qu’est monté à la tribune le Professeur Floribert Ntungila Nkama Mbendu, qui a replacé cette tragédie dans le contexte des rivalités politiques régionales.
Après avoir rappelé que le génocide rwandais est la conséquence de luttes structurelles fructueuses de violence.
Il a souligné combien l’exode massif, plus d’un million de réfugiés, avait suspendu l’économie de l’Est :
« Nous étions encore à l’université lorsque le Premier ministre a comparé cet afflux à celui de la Seconde Guerre mondiale », a-t-il relaté.
« L’économie congolaise a subi une inflation de plus de 4 000 % : du jour au lendemain, même le papier toilette se négociait en milliards de francs », a-t-il ajouté.
En décrivant le démantèlement rapide des infrastructures agricoles et industrielles, il a mis en lumière la permanence d’une prédation économique organisée qui perdure tant que les accords de paix passent à côté de la reconstruction des filières locales.
Quand la nature trinque : pillage et écocide en pays-solution
Le Professeur Désiré Konga Wanguwa a pris le relais pour expliquer pourquoi la RDC est surnommée « pays-solution ».
C’est à cause ses réserves d’eau douce et sa forêt équatoriale de 30 % des forêts tropicales du globe offrent à l’humanité un réservoir vital. Mais, a-t-il averti, ces trésors sont pillés sans vergogne :
« Nos lacs frontaliers, naguère riches en poisson, sont aujourd’hui dépouillés sans contrepartie pour les communautés locales », a-t-il déploré.

« Deux entreprises étrangères ont levé plus de 14 milliards pour capter l’eau du lac Tumba, sans la moindre étude d’impact », a-t-il révélé
Il a enchaîné en dénonçant l’exploitation sans frein des « 3T » (coltan, tungstène, étain), qui alimente l’industrie mondiale alors que la RDC ne bénéficie d’aucune transparence sur ces exportations.
Selon lui, la faune et la flore de l’Est payent un prix humain et environnemental que rien ne justifie.
Justice transitionnelle : la vérité comme remède

Pour son compte, le Professeur Emmanuel Janvier Luzolo Bambi Lessa a appelé à briser le paradoxe de l’impunité :
« Lorsque dix mille personnes sont exécutées dans un quartier, on n’invite plus l’auteur présumé à comparaître devant la justice : on l’appelle à négocier ! » a-t-il fustigé.
Pour lui, aucune paix durable ne saurait être bâtie sans traiter les dix millions de morts par le prisme de la justice transitionnelle, qu’il définit autour de quatre piliers notamment la vérité, les poursuites judiciaires, les réparations et la réconciliation.
« Si l’on veut refonder l’État de droit, il faut d’abord reconnaître chaque victime, puis réparer chaque préjudice », a-t-il martelé.
Le Kasaï central : un laboratoire de réconciliation

Professeure Joséphine Bitota Muamba a partagé l’expérience pionnière de la Commission provinciale vérité, justice et réconciliation du Kasaï central.
Après avoir repris les mots de l’ancien forum sur les réparations « il faut des réparations pour tous les crimes et tous les dégâts ».
Elle a détaillé les missions de cette instance paritaire : cartographier les zones d’exactions, recueillir plus de 2 150 témoignages et évaluer l’ampleur des dommages directs et indirects.

« La vérité doit triompher, car sans elle aucune réconciliation n’est possible », a-t-elle affirmé.
Conflit continental : l’Afrique à l’aune de la guerre
Le Gabonais Christian Nsung a élargi le débat affirmant que ce conflit congolais n’est pas isolé, c’est un test pour toute l’Afrique.
« L’Afrique est en guerre : ce qui se joue à l’Est de la RDC est la recomposition du continent », a-t-il averti.
« Sans le Congo, l’Afrique ne peut être souveraine », a-t-il déclaré avant d’être ovationné par les jeunes de son auditoire.
Il a invité la jeunesse à refuser la soumission et à réclamer le droit de défendre, armes à la main si nécessaire, l’intégrité du continent.
Spiritualité et unité : le rôle fédérateur de la foi

Le leader spirituel Mfumu Nkusu a souligné que la résistance congolaise puise dans les traditions :
« La spiritualité africaine est le socle de notre unité », a-t-il proclamé.
Pour lui, la foi et les coutumes ancestrales offrent une boussole pour reconstruire la nation.
Solidarité africaine : plaider la bienveillance

Enfin, Kemi Seba a clos les travaux en appelant à l’humilité et à la bienveillance :
« J’ai entendu de magnifiques interventions, mais il est primordial, malgré la gravité de la situation, de parler avec notre cœur et d’écouter avec attention », a-t-il exhorté.
Il a insisté pour que la jeunesse congolaise et africaine se dote d’un dialogue inclusif, débarrassé des rancœurs, pour faire renaître la fierté nationale.
Il revient de noter que le mercredi 2 juillet 2025, la dernière journée sera dédiée à « Mémoire et Renaissance » et accueillera officiels et diplomates pour sceller les résolutions du congrès.

Cette deuxième journée aura démontré que la jeunesse congolaise, loin d’être résignée, prépare ardemment la reconstruction d’un pays et d’un continent libres et solidaires.
Lydia Mangala


