Dans le cadre des 16 jours d’activisme contre les violences basées sur le genre, la Fondation Femmes & STEM Asbl a organisé, ce vendredi 28 novembre, une journée d’échanges et de sensibilisation sur les violences numériques faites aux femmes et filles en République démocratique du Congo.
L’événement, tenu à l’Université Pédagogique Nationale, a réuni étudiants, experts, institutions et partenaires engagés pour la protection et la promotion des droits des femmes.

Cette rencontre a été organisée en partenariat avec la Coordination en charge de la Jeunesse, de la Lutte contre les Violences faites aux Femmes et de la Traite des Personnes, service spécialisé du Cabinet du Président de la République.
Une journée d’échanges au service de la sensibilisation
La journée a débuté par l’allocution de Clarisse Falanga, Présidente de la Fondation Femmes & STEM Asbl et Cheffe de Travaux à l’UNIKIN, qui a remercié les participants et encouragé les étudiants à saisir toutes les opportunités offertes par cette activité. Elle a également exprimé sa gratitude envers tous les partenaires présents.
Le mot de bienvenue de la Rectrice, Professeure Yvonne Ibebeke, a souligné l’importance de protéger les jeunes filles contre toutes formes de violences, en particulier dans le contexte numérique. Elle a insisté sur la nécessité de promouvoir des espaces numériques sûrs et responsables, en phase avec les besoins actuels de la société et des institutions d’enseignement.

Naomie Dalmonte, représentante de l’UNFPA, a expliqué que les violences numériques peuvent prendre diverses formes, allant de la diffusion non consentie de contenus à la création de deepfakes, qui peuvent limiter les opportunités d’apprentissage et de développement des jeunes filles. Selon elle, la protection doit être réelle et effective.
La représentante adjointe d’ONU Femmes, Docteure Catherine Odimba, représentée, a rappelé que ces violences nuisent à la confiance en soi et à la participation sociale et professionnelle des femmes et jeunes filles. Elle a appelé à une mobilisation collective des institutions, familles, universités et organisations pour créer un environnement numérique inclusif et sécurisé.
Femmes, victimes ou actrices ?
Le premier panel a abordé le rôle des femmes dans la société face aux violences basées sur le genre.
Caroline Pindi, architecte et membre active de la société civile, a insisté sur la nécessité d’un changement de mentalité :
« On ne peut pas rendre responsable une personne qui subit un abus », a-t-elle déclaré.
Elle a dénoncé les commentaires et comportements sexistes, y compris sur les réseaux sociaux, et a appelé à éduquer les garçons avec les mêmes valeurs que les filles. Elle a également relaté son expérience personnelle face au harcèlement, soulignant le rôle crucial de l’accompagnement familial et institutionnel.

Marie-Claire Yandgu, Secrétaire générale chargée de la Recherche à l’Université de Kinshasa, a mis en lumière le silence des victimes et l’importance de la prévention. Elle a rappelé que les femmes peuvent parfois, malgré elles, être exposées au harcèlement faute d’informations et de soutien. Son message était centré sur l’accompagnement, la sensibilisation et la prévention comme leviers essentiels pour protéger les femmes.
Chantal Yelu Mulop, Coordinatrice des services spécialisés en charge de la jeunesse et de la lutte contre les violences, a insisté sur l’utilisation responsable des réseaux sociaux par la jeunesse congolaise. Elle a souligné que TikTok, par exemple, est une plateforme à double tranchant : outil d’apprentissage mais aussi vecteur de vulnérabilité. La prévention passe par l’éducation et la contextualisation des contenus.
Rôle et apport des institutions dans la lutte contre les VBG
Le deuxième panel a mis l’accent sur les mesures institutionnelles mises en place pour protéger les femmes et filles.
Chantal Yelu a présenté les dispositifs existants entre autres la prise en charge médicale, psychologique et juridique gratuites, l’accompagnement continu, et le numéro vert 122 pour signaler toute violence sexuelle ou basée sur le genre. Elle a également mentionné la création du FONAREV, un fonds national pour la prévention et la protection des victimes.
Serge Mbay, de la coopérative BILANGA YA BETU, a insisté sur la responsabilisation de chacun face aux violences, notamment numériques.
Selon lui, « Le numérique accélère la diffusion de violences et élargit leur champ de couverture », rendant essentiel l’accompagnement des victimes et la sensibilisation de la société.
Deborah Nyamugabo, membre active de la société civile, a rappelé l’importance de l’éducation et de l’égalité des responsabilités dans la famille. Elle a insisté sur la compréhension du Code du numérique (ordonnance-loi n°23/010 du 13 mars 2023) pour mieux protéger les utilisateurs et encourager les jeunes femmes à poursuivre leurs ambitions sans compromis.

Le Ministre provincial de l’Éducation et du Genre, Thierry Tshitenga Kabuya, a encouragé l’usage des langues locales pour mieux sensibiliser la jeunesse et promouvoir des mesures préventives efficaces dans les écoles et communautés.
Numérique et accompagnement professionnel
Lucie Longo, représentante de SODEICO, a présenté les initiatives pour l’insertion professionnelle et la formation continue.
La SODEICO ACADEMY propose des formations accessibles sur la gestion de projet, l’entrepreneuriat et l’Excel avancé, tandis que le programme ESA RDC facilite la mise en relation entre étudiants et entreprises pour les stages.
Un programme spécifique, Great Lakes Women Leadership, vise à accompagner les femmes dans leur leadership et développement professionnel.
Une jeunesse engagée pour un numérique sûr
Le mot de clôture du Ministre provincial en charge du Genre et de l’Éducation a rappelé que la femme n’est pas seulement gardienne des valeurs de la société, mais aussi moteur et source d’avenir.
Il a souligné l’importance de renforcer les politiques de prévention, de soutenir les initiatives jeunes et de promouvoir un environnement numérique inclusif et respectueux.
Il a encouragé les étudiants à être gardiens du futur, acteurs de changement et protecteurs des droits des femmes et filles.
En résumé, cette journée organisée par la Fondation Femmes & STEM Asbl a permis de sensibiliser, d’échanger et de renforcer les mécanismes de protection contre les violences numériques.
Les participants sont repartis avec des outils concrets, des connaissances légales et un engagement renouvelé pour construire un environnement plus sûr et égalitaire pour toutes et tous.
Lydia Mangala


