Après la décision choc de la Confédération africaine de football (CAF) de retirer le titre de champion d’Afrique au Sénégal, le Palais de la République a choisi de répondre par l’image. En changeant sa photo de profil Instagram, le président Bassirou Diomaye Faye ne se contente pas d’un simple geste esthétique : il réaffirme la souveraineté sportive d’une nation en colère.
Le souvenir du 18 janvier 2026 semble désormais appartenir à une autre époque, tant le contraste est saisissant. Ce soir-là, le Sénégal exultait. Dans une communion rare, le chef de l’État, arborant fièrement le survêtement des Lions, s’était mêlé à la foule dakaroise pour célébrer le sacre continental face au Maroc (1-0 a.p.). Le lundi 19 janvier, décrété jour férié, restera comme une parenthèse enchantée où tout un peuple vibrait à l’unisson derrière ses héros.
Mais le réveil a été brutal. Mardi soir, l’annonce du Jury d’appel de la Confédération africaine de football attribuant la victoire au Maroc sur tapis vert (0-3) a plongé le pays dans la sidération. Depuis, la réaction sénégalaise est passée de l’incrédulité à une riposte diplomatique et symbolique de grande ampleur.
Mercredi dernier, la crise s’est invitée au Conseil des ministres. Par la voix de son porte-parole, le chef de l’État a exprimé une « vive consternation » face à une décision jugée « inédite » et « injuste ». Il a instruit la ministre des Sports, Khady Diène Gaye, de coordonner avec la Fédération sénégalaise de football un recours immédiat devant le Tribunal arbitral du sport (TAS). Le Sénégal refuse de rendre ses médailles et entend faire valoir ses droits sur le terrain juridique.
C’est dans ce contexte de tension que Bassirou Diomaye Faye a choisi de marquer les esprits sur les réseaux sociaux. Sans un mot, il a changé sa photo de profil Instagram. On l’y voit assis dans son bureau présidentiel, le visage calme mais déterminé. Juste derrière lui, posé avec fierté : le trophée de la CAN.
Un symbole fort. En plaçant ce trophée dans le décor de la magistrature suprême, le président sénégalais adresse un message clair à l’instance continentale. Plus qu’un objet, ce trophée devient l’incarnation d’une victoire que le Sénégal refuse de voir confisquée.
Si les règlements de la FIFA interdisent toute ingérence politique dans les affaires du football, Dakar semble prêt à assumer ce bras de fer. En se posant en gardien du trophée, le chef de l’État transforme ce litige sportif en enjeu de souveraineté nationale.
À Dakar, le message est limpide. En attendant le verdict des instances internationales, pour le pouvoir comme pour la rue, les Lions restent les seuls et uniques champions d’Afrique 2025.
Josaphat Mayi


