L’air était chargé d’électricité ce samedi 28 mars 2026 dans l’enceinte d’un Stade de France plein à craquer. Pour beaucoup, c’était un match amical. Pour les 70 000 supporters sénégalais présents, c’était un acte de résistance. Sous les projecteurs de Saint-Denis, les Lions de la Teranga ont défié les instances sportives en brandissant fièrement le trophée de la CAN 2025, pourtant officiellement retiré par la Confédération Africaine de Football (CAF).
C’est une image qui fera sans doute date . Kalidou Koulibaly, le capitaine des Lions de la Teranga, soulevant le métal doré vers le ciel de Paris, entouré d’une équipe soudée et d’un public en transe. L’ambiance, chauffée à blanc par les notes de Youssou N’Dour, n’avait rien d’une simple célébration d’après-match. C’était une proclamation.
Il y a onze jours, la CAF créait une onde de choc sans précédent en annonçant la victoire du Maroc sur tapis vert, deux mois après le sacre sénégalais sur le terrain. Un verdict administratif qui a transformé une fête sportive en un imbroglio diplomatique et juridique. Mais ce samedi, les Lions n’avaient cure des règlements de la CAF. Pour eux, pour Pape Thiaw et pour les milliers de fans, la vérité est celle du rectangle vert.
Et au stade de France, le Sénégal l’a prouvé. Des vidéos publiées sur les réseaux sociaux montrent
le tour de piste de l’équipe, trophée en main, ressemblait à une réponse directe aux communiqués officiels. En montant en tribune pour communier avec les supporters, Moussa Niakhaté et ses coéquipiers ont envoyé un message pour dire que le peuple sénégalais ne reconnaît pas ce déclassement.
Cette parade, orchestrée par la Fédération Sénégalaise de Football (FSF), n’est pas qu’un geste émotionnel. C’est une stratégie de communication offensive. En exposant le trophée devant le monde entier en France, le Sénégal place la CAF devant un fait accompli médiatique.
Vers une impasse totale ? jusque-là, la question reste désormais entière. Le Sénégal respectera-t-il la décision de la CAF ? Pour l’heure, la réponse est un «non» catégorique sur le plan symbolique. Sur le plan institutionnel, la bataille s’est déplacée devant le Tribunal Arbitral du Sport (TAS). La FSF espère bien que le droit sportif annulera la décision de l’instance continentale.
Cependant, cette attitude de défi expose le Sénégal à des sanctions supplémentaires si le TAS devait confirmer le tapis vert. La CAF, gardienne du règlement, pourrait voir d’un mauvais œil cette insurrection médiatique. Entre le Maroc, qui revendique désormais son titre administratif, et le Sénégal, qui refuse de rendre la coupe, le football africain traverse l’une de ses plus graves crises de légitimité.
Visiblement, ce samedi, au Stade de France, les Lions ont gagné la bataille des cœurs. Reste à savoir s’ils gagneront celle du droit dans les prochains jours ou mois.
Josaphat Mayi


