Il y a des livres qui racontent des histoires. Et puis il y a ceux qui portent une mémoire, une urgence, presque une mission. « La culture sauve les peuples », signé Myoto Liyolo, appartient à cette seconde catégorie.
Samedi soir, au Pullman de Kinshasa, sous le regard attentif de la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, l’ouvrage a été porté sur les fonts baptismaux. Mais au-delà de la cérémonie, c’est une femme, une trajectoire et une conviction profonde qui ont capté l’attention : celle d’une auteure décidée à replacer la culture congolaise au cœur du destin national.
Une héritière devenue porte-voix
Myoto Liyolo n’est pas arrivée à la culture par hasard. Elle y est née. Fille du célèbre sculpteur Alfred Liyolo, elle a grandi dans l’intimité des ateliers, entre le bruit des outils, la transformation des matières et la naissance des formes.
C’est dans cet univers qu’elle a appris que la culture n’est pas un simple héritage : c’est une responsabilité.
Aujourd’hui, cette héritière de l’art choisit d’en devenir la porte-voix. À travers son livre, elle exprime une inquiétude lucide : celle d’un patrimoine culturel congolais en danger, fragilisé par l’oubli, le désintérêt ou la modernité mal assimilée.
Mais loin du fatalisme, Myoto Liyolo transforme cette inquiétude en vision.
Une vision : faire du Congo une puissance d’inspiration
Pour l’auteure, la culture n’est pas seulement une richesse identitaire. Elle est un levier stratégique. Un outil capable de repositionner la République démocratique du Congo sur la scène africaine et mondiale.
« Le Congo dispose de tous les atouts pour devenir un leader du soft power africain », affirme-t-elle avec assurance.
Dans son regard, l’avenir se dessine déjà : un pays porté par une jeunesse nombreuse, créative, connectée, capable de transformer son héritage en force d’influence.
Mais Myoto Liyolo rejette toute logique de domination. Sa vision du soft power est profondément humaine :
« Ce n’est pas imposer, c’est inspirer. Ce n’est pas contraindre, c’est donner envie », explique-t-elle.
Elle imagine un Congo qui attire par sa créativité, qui rassemble par sa richesse culturelle et qui invite le monde à co-créer.
Une plume, une conviction, un engagement
À travers « La culture sauve les peuples », Myoto Liyolo ne se contente pas d’écrire. Elle interpelle. Elle questionne. Elle engage.
Son œuvre est un appel à la conscience collective : redonner à la culture sa place centrale, non pas comme un souvenir du passé, mais comme une énergie vivante capable de construire l’avenir.
Un message qui a trouvé un écho particulier lors du vernissage, où la Première ministre Judith Suminwa Tuluka a salué la profondeur de cette démarche, rappelant que la culture est « une puissance douce mais stratégique ».
Une auteure au cœur d’un mouvement
Soutenue par les autorités culturelles, notamment la ministre Yolande Elebe Ma Ndembo, et saluée par des figures intellectuelles comme le professeur Eddy Ntambwe, Myoto Liyolo s’inscrit désormais dans une dynamique plus large : celle d’un Congo qui redécouvre la force de sa culture.
La soirée, marquée par des performances artistiques du groupe Marabout Théâtre et des étudiants de l’INA, a illustré avec force cette vitalité culturelle que l’auteure appelle à préserver et à amplifier.
Une signature qui ouvre un chemin
Avec ce premier ouvrage, Myoto Liyolo signe bien plus qu’un livre. Elle affirme une identité, trace une vision et pose les bases d’un engagement durable.
Celle d’une femme qui, héritière de l’art, choisit aujourd’hui d’en faire un combat.
Celle d’une auteure qui rappelle, avec force et élégance, que sauver la culture, c’est déjà sauver un peuple.
Joséphine Mawete


