Kinshasa, 24 novembre 2025 Le ton est ferme, l’émotion palpable et le message sans détour. Dans une déclaration puissante publiée en ouverture de la campagne des 16 Jours d’activisme, Vanessa Kaliza, Présidente de l’ASBL Afia Kwa Wote, a dénoncé la transformation progressive du cyberespace en terrain de violence contre la femme congolaise. Un espace pourtant présenté comme une terre d’opportunités et de liberté, devenu, selon elle, « une prison de verre » où la dignité des femmes est sacrifiée au bénéfice d’un buzz aussi violent que fugace.
Le cyber-harcèlement, une violence bien réelle
Mme Kaliza a rappelé que ce qui est parfois perçu comme de simples « clashs » ou « gossip » relève en réalité de violences systémiques : diffamation, sextorsion, usurpation d’identité, revenge porn et cyberharcèlement.
Des actes qui, a-t-elle souligné, génèrent des conséquences graves et irréversibles, notamment :
1. Destruction psychologique : dépression, anxiété, et parfois, des tentatives d’autodestruction.
2. Ruine professionnelle et sociale : perte d’emploi, exclusion familiale et rejet communautaire.
3. Extorsion et chantage : menaces financières ou physiques alimentées par la peur et l’humiliation.
Pour elle, « il n’y a pas de violence mineure sur Internet ». Les mots, même tapés derrière un écran, peuvent détruire une vie. La douleur d’une femme insultée en ligne, a-t-elle dit, est aussi profonde que si elle était frappée en pleine rue.
Une ligne rouge : tolérance zéro et rejet de l’excuse du virtuel
Face à l’impunité qui entoure encore ces crimes numériques en RDC, Afia Kwa Wote a tracé une frontière claire à ne plus franchir. L’organisation appelle à un réveil collectif et à la responsabilité de tous.
Vanessa Kaliza a ainsi posé les piliers d’une nouvelle vigilance citoyenne :
1. Le rejet catégorique de “l’argument virtuel”
L’écran ne suspend ni la loi, ni les droits, ni la douleur. « Le cyberespace aussi est une rue, un pays, et un tribunal — et la justice doit y entrer », a-t-elle martelé.
2. L’application stricte du Code pénal dans le numérique
L’organisation exige des autorités, de la police, des parquets et des tribunaux, l’identification et la poursuite des cyber-agresseurs, qualifiés explicitement de criminels, et non plus de “trolls”.
3. La condamnation du silence et du partage complice
Celui qui relaie un contenu humiliant participe au crime. Le buzz ne vaut pas la vie d’une femme, ni sa dignité, rappelle Afia Kwa Wote.
4. Le devoir de signalement permanent
Désormais, chacun doit devenir un rempart : ne pas partager, mais protéger et dénoncer.
Vers un nouvel ordre numérique pour les femmes congolaises
Au-delà du constat et des dénonciations, la Présidente a redonné une vision d’espoir. Un appel à l’unité pour « un nouvel ordre numérique où chaque femme congolaise peut créer, entreprendre et s’exprimer sans peur et en toute sécurité ».
Afia Kwa Wote ne lutte pas seulement avec des mots. Tel un bouclier communautaire, l’ASBL s’inscrit dans une dynamique plus large de défense de la santé et de la dignité, pour un Congo où les femmes sont protégées hors ligne comme en ligne.
« Le changement commence par le refus de cliquer sur Partager et l’obligation de dénoncer » – un principe désormais brandi comme un slogan de survie numérique.
Réactions et Perspectives
Cette sortie publique intervient dans un contexte où la RDC intensifie sa réflexion sur la protection des citoyens dans le numérique. Des initiatives comme la lutte contre les violences basées sur le genre s’étendent progressivement aux plateformes digitales. L’appel d’Afia Kwa Wote pourrait bien devenir un marqueur dans la guerre contre les cyber-violences en RDC, particulièrement celles visant les femmes et les jeunes filles.
Il sied de noter que Internet n’est pas un espace de non-droit en RDC; le Cyber-agresseur = criminel, poursuivable et identifiable ; Partager un contenu humiliant = acte de complicité; Signaler = acte de patriotisme et de protection.
Joséphine Mawete


