En République démocratique du Congo, la situation des jeunes face au VIH/SIDA est alarmante.
En 2024, environ 15 000 personnes de moins de 25 ans ont contracté le virus, dont plus de 9 000 âgés de moins de 15 ans.
Ces chiffres, révélés le mercredi 3 décembre 2025 par Médecins Sans Frontières (MSF) lors d’une conférence de presse à Kinshasa, traduisent une urgence sanitaire qui ne cesse de croître dans un pays où plus de 60 % de la population a moins de 20 ans.
Une jeunesse exposée et vulnérable
Pour la coordinatrice médicale du projet VIH de MSF à Kinshasa, Gisèle Mucinya, les causes de cette propagation sont multiples.
« Les jeunes découvrent souvent leur séropositivité à un stade avancé de la maladie, car l’accès à l’information, au dépistage et au traitement reste limité », explique-t-elle.
La prévention de la transmission mère-enfant reste insuffisante, et l’accès aux soins pédiatriques est très réduit. Les tests de dépistage sont rarement disponibles et souvent payants, tandis que la loi interdit aux moins de 18 ans de se faire dépister sans l’accord d’un parent ou tuteur.
« La stigmatisation et la discrimination continuent de peser lourdement sur cette génération », ajoute Gisèle Mucinya.
« Trop de jeunes abandonnent leur traitement ou ne se font pas dépister à temps par peur du regard des autres ou du jugement de leur entourage », a-t-elle souligné.
Le témoignage poignant d’une jeune atteinte du VIH
Parmi eux, une jeune de 22 ans se souvient encore de la découverte de son statut sérologique à l’âge de 15 ans.
« Très vite, j’ai été stigmatisée, rejetée, même par ma famille. J’avais tellement maigri qu’on m’interdisait d’aller aux fêtes ou aux deuils. Je ne sortais plus de ma chambre. Tout s’effondrait autour de moi, simplement à cause du regard des autres », confie-t-elle.
Comme elle, de nombreux adolescents vivent la double peine de la maladie et celle du rejet social. L’isolement entraîne le découragement et, souvent, l’interruption des traitements vitaux.
Au Centre hospitalier de Kabinda, à Kinshasa, 489 jeunes patients suivent un traitement, dont 344 ont moins de 18 ans, ce qui illustre l’ampleur du problème.
Des clubs de jeunes pour reprendre le contrôle
Face à cette situation, MSF et l’association congolaise Jeunesse Espoir ont lancé en 2019 les « clubs des jeunes », une initiative communautaire visant à offrir aux adolescents et jeunes adultes vivant avec le VIH un espace sûr, confidentiel et stimulant, relié à une structure de soins.
« C’est un modèle qui fonctionne remarquablement bien pour renforcer l’adhérence au traitement », assure le Pulchérie Ditondo, responsable des activités médicales communautaires de MSF à Kinshasa.
« Les membres s’entraident, se motivent et deviennent acteurs de leur propre santé », affirme-t-elle.
Aujourd’hui, 83 jeunes âgés de 12 à 25 ans fréquentent ces clubs dans quatre communes de Kinshasa. Les résultats sont probants. En 2024, près de 80 % d’entre eux avaient une charge virale supprimée, contre 71 % en 2019.
Les clubs ne se limitent pas au suivi médical mais ils offrent également des activités éducatives, des ateliers d’expression et des sessions sur la santé sexuelle et reproductive.
« Quand j’ai appris que j’étais séropositif, je refusais d’y croire. C’est ici, grâce aux échanges, que j’ai appris à accepter mon statut. Aujourd’hui, je vis sans honte. Je me sens libre, capable de tout faire », a raconté une autre victime.
Un modèle à étendre malgré la baisse des financements
Le succès des clubs des jeunes illustre une vérité simple mais qui revêt d’une importance capitale : investir dans des approches communautaires centrées sur les besoins des adolescents peut transformer la lutte contre le VIH.
Pourtant, leur avenir est menacé par la diminution des financements internationaux, notamment du PEPFAR et du Fonds Mondial.
« Nous prions pour que ces clubs existent partout dans le pays. Là où il y a des jeunes vivant avec le VIH, il faut leur offrir cet espace si l’on veut réduire la stigmatisation et sauver des vies », conclut la première victime du VIH.
Au-delà des chiffres, les clubs incarnent une révolution silencieuse d’une jeunesse qui refuse de subir, qui reprend le contrôle de sa vie et qui inspire l’espoir à toute une génération.
Leur succès démontre que le combat contre le VIH en RDC passe par la solidarité, l’accompagnement et le leadership des jeunes eux-mêmes.
Lydia Mangala


