En accédant officiellement, le vendredi 2 janvier 2026, à son mandat de membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations unies pour la période 2026-2027, la République démocratique du Congo revient dans un espace stratégique mondial qu’elle n’avait plus occupé depuis 1990-1991, exactement 35 ans plus tôt.
Ce retour, solennellement marqué par la cérémonie d’installation des drapeaux des nouveaux membres élus, entre dans une trajectoire longue, marquée par des conflits armés persistants, des transitions politiques complexes et des efforts continus de reconstruction nationale.
C’est donc avec la mémoire vive de ses propres blessures, mais aussi avec l’expérience d’un pays qui a résisté, que la RDC assume aujourd’hui une responsabilité internationale majeure.
Un retour historique, loin d’une présence symbolique
S’exprimant au nom de la RDC devant les États membres à New York, la vice-ministre des Affaires étrangères, Noëlla Ayeganagato Nakwipone, a tenu à souligner que cette entrée au Conseil de sécurité n’était ni fortuite ni circonstancielle.
Il s’agit de la troisième participation de la RDC (anciennement Zaïre) à cet organe central des Nations unies, après les mandats de 1982-1983 et 1990-1991.
Le rappel de cette dernière date n’est pas neutre. En 1990-1991, le pays se trouvait à l’aube de bouleversements profonds avec la fin de la guerre froide, les pressions internes pour la démocratisation, la fragilisation de l’État, puis, quelques années plus tard, l’embrasement régional qui allait plonger la RDC dans l’un des conflits les plus meurtriers depuis la Seconde Guerre mondiale.
Trente-cinq ans plus tard, la RDC revient au Conseil de sécurité non plus comme simple observatrice des décisions internationales, mais comme acteur conscient de leur portée humaine, politique et sécuritaire.
L’expérience congolaise comme boussole diplomatique
La RDC aborde ce mandat forte d’une expérience singulière. Peu de pays membres du Conseil de sécurité peuvent revendiquer avoir été, pendant plus de vingt ans, pays hôte de l’une des plus importantes missions de maintien de la paix des Nations unies, successivement la MONUC puis la MONUSCO.
Cette réalité confère à la diplomatie congolaise une légitimité particulière lorsqu’il s’agit de réfléchir à l’avenir des opérations de paix, à leur efficacité, à leurs limites et à leur adaptation aux contextes nationaux.
C’est dans cet esprit que la vice-ministre des Affaires Étrangères Noëlla Ayeganagato a affirmé que la RDC entend apporter une contribution « utile, lucide et responsable » aux travaux du Conseil.
Par cela on entend une lucidité forgée par des conflits prolongés, des tentatives de stabilisation parfois inachevées et des processus de reconstruction toujours en cours et une responsabilité nourrie par la conviction que les décisions prises à New York ont des conséquences concrètes sur le terrain, là où vivent les populations civiles.
Paix, justice et prévention : un mandat ancré dans le vécu
Le mandat congolais pour 2026-2027 repose sur deux axes centraux notamment la paix et la sécurité, d’une part, et la prévention et la résolution des conflits, d’autre part.
Pour la RDC, ces notions ne sont pas abstraites, elles renvoient à des réalités vécues : déplacements massifs de populations, violences armées, exploitation illégale des ressources naturelles, fragilisation du tissu social.
Dans cette perspective, la vice-ministre a insisté sur le point fondamental qu’il ne peut y avoir de paix durable sans justice. La RDC entend ainsi promouvoir, au sein du Conseil de sécurité, une approche crédible et inclusive de la justice transitionnelle, adaptée aux contextes nationaux et capable de favoriser la réconciliation, la cohésion sociale et la stabilité à long terme.
Par ailleurs, Kinshasa souhaite attirer l’attention du Conseil sur les liens étroits entre ressources naturelles, gouvernance et conflits, un sujet que la RDC connaît intimement. Elle plaidera également pour des programmes de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR) pensés de manière globale, durable et orientée vers la réintégration socio-économique réelle des ex-combattants.
Un triple engagement, 35 ans après
En siégeant au Conseil de sécurité pour la période 2026-2027, la RDC assume, selon Noëlla Ayeganagato, un triple engagement envers son peuple, envers l’Afrique et envers la communauté internationale.
Cet engagement se veut fidèle à la Charte des Nations unies, guidé par le dialogue, le multilatéralisme et le respect du droit international.
Trente-cinq ans après sa dernière participation, la RDC revient donc au Conseil de sécurité transformée par l’histoire, consciente de ses responsabilités et déterminée à faire entendre une voix issue de l’expérience, de la résilience et de la quête de paix.
Plus qu’un retour diplomatique, ce mandat marque l’étape d’un pays qui, après avoir longtemps été au cœur des décisions prises par d’autres, entend désormais participer pleinement à la construction des solutions pour la paix et la sécurité internationales.
Lydia Mangala


