Lors de la conférence organisée par Happy Academy Paris ce samedi 25 avril au Silikin Village, Lynn Mazianda, Digital Officer au Comité international de la Croix-Rouge (CICR), journaliste et blogueuse, a intervenu sur l’inclusion numérique, avec un accent particulier sur la place des femmes dans l’écosystème digital congolais.
Dès l’entame de son propos, elle a tenu à préciser une distinction essentielle souvent méconnue du grand public. Pour elle, le numérique renvoie aux outils et aux technologies, tandis que le digital correspond à l’usage que l’on fait de ces outils dans la vie quotidienne. Une clarification qui, selon elle, constitue la base de toute compréhension des enjeux actuels.
S’appuyant sur les données issues de l’analyse de Kepios, Lynn Mazianda a dressé un état des lieux du paysage numérique en République démocratique du Congo, évoquant notamment les 34,7 millions d’utilisateurs d’internet pour une population estimée à 114 millions d’habitants, ainsi que la répartition encore inégale des usages des réseaux sociaux, où les femmes restent minoritaires.
C’est à partir de ce constat qu’elle a posé une interrogation centrale de son intervention : « Où sont les femmes dans cette révolution numérique ? » Une question qui, selon elle, traduit à la fois un défi et une urgence sociale.
Dans son analyse, Lynn Mazianda a montré les principaux impacts du digital sur les femmes, soulignant les opportunités en matière d’accès aux ressources, d’autonomie financière, de visibilité et de formation. Elle a toutefois insisté sur le fait que ces opportunités restent encore sous-exploitées.
Elle a également évoqué les freins persistants, notamment l’accès limité à internet, le manque de formation, la pression sociale et le déficit de confiance en soi. Des réalités qui, selon elle, empêchent encore de nombreuses femmes de s’imposer dans l’univers numérique.

« Certaines femmes pensent qu’elles ne sont pas capables, mais il faut oser. Le digital donne une voix à chacune et permet de transformer une idée en opportunité », a-t-elle souligné.
Partageant son propre parcours, de la coupe et couture au journalisme puis au secteur humanitaire international, Lynn Mazianda a révélé la capacité de transformation qu’offre le digital lorsqu’il est accompagné de formation et de détermination.

Elle a encouragé les jeunes, en particulier les femmes, à exploiter les opportunités concrètes du numérique, notamment dans l’e-commerce, la création de contenu et le freelancing, en rappelant que ces activités ne nécessitent parfois qu’un simple téléphone connecté.
Dans son intervention, elle a également insisté sur le rôle central de la formation, qu’elle considère comme un investissement incontournable.

« La formation n’est pas un luxe, c’est un investissement pour l’avenir. Chaque compétence acquise est un pas vers plus d’autonomie et de réussite », a-t-elle déclaré.

Lynn Mazianda a également insisté sur la nécessité de dépasser les blocages psychologiques et sociaux qui freinent l’accès des femmes au digital. Pour elle, la peur du jugement et le manque de confiance restent des obstacles majeurs qu’il faut déconstruire.
Elle a encouragé la jeunesse à s’approprier les outils numériques, rappelant que l’ère digitale évolue rapidement avec l’émergence de nouvelles technologies, notamment l’intelligence artificielle, et qu’il est impératif de suivre ce rythme.
Dans une approche inclusive, elle a tenu à adresser son message non seulement aux femmes, mais également aux hommes, estimant que la transformation numérique concerne l’ensemble de la société.
« Les hommes ont aussi un rôle à jouer, car ils ont des femmes, des filles, des sœurs qui ont besoin de cette information et de cet accompagnement », a-t-elle affirmé.

Lynn Mazianda a salué l’initiative de Happy Academy Paris, qu’elle considère comme un acteur important dans la démocratisation de la formation digitale en RDC.
Pour elle, le digital n’est pas seulement une compétence technique, mais un levier d’émancipation, d’expression et d’opportunités, accessible à tous ceux qui choisissent de se former et d’oser.
Lydia Mangala


