Invité d’un Space animé par le journaliste Stanis Bujakera Tshiamala, le chercheur Fred Bauma a analysé le débat en cours autour du référendum et de la révision constitutionnelle en République démocratique du Congo.
Son intervention était centrée sur une critique frontale de ce qu’il considère comme une tentative de contournement de la Constitution.
« Qui vous a donné le mandat de rédiger une nouvelle Constitution ? », a-t-il interrogé, résumant sa position quant au sujet.
Pour lui, l’argument de la souveraineté du peuple, souvent invoqué par la majorité, ne peut justifier que le Parlement s’arroge un pouvoir constituant sans consultation préalable.
« Ce n’est pas le peuple qui est souverain dans cette logique, c’est le pouvoir lui-même qui se substitue au peuple », a-t-il tranché.
Le chercheur a reconnu que légiférer sur l’organisation du référendum n’est pas problématique en soi, la Constitution encadrant déjà ce mécanisme. Mais il établit une distinction nette entre la proposition initiale du député Paul-Gaspard Ngondankoy et la version issue de la commission politique de l’Assemblée nationale, dirigée par André Mbata.
Selon lui, les garde-fous présents dans le texte d’origine ont été supprimés, ouvrant la voie à une transformation du Parlement en assemblée constituante, ce que la Constitution ne permet pas.
« La Constitution permet aux parlementaires de la réviser dans des limites précises. Elle ne leur donne en aucun cas la possibilité de rédiger une nouvelle Constitution », a-t-il insisté.
Pour Fred Bauma, cette évolution traduit une logique d’auto-préservation des élus, la proposition initiale prévoyant l’élection de nouveaux constituants, ce qui aurait mis en jeu leurs mandats.
« Les députés se sont protégés, en violant la Constitution », a-t-il dénoncé, qualifiant le processus de « scandaleux ».
L’intervention de Fred Bauma a pris une tournure plus politique lorsqu’il a abordé la question du troisième mandat du président Félix Tshisekedi. Pour lui, le débat constitutionnel actuel est dévoyé.
« Dès lors que le débat n’a plus pour but d’améliorer les institutions mais d’offrir un troisième mandat, on plie les institutions à la volonté d’un individu », a-t-il affirmé.
Le chercheur a également interpellé le chef de l’État sur son engagement à défendre la Constitution.
« La parole d’un homme d’État doit être tenue. Sinon, à quoi sert-il d’aller vers le peuple si on lui dit le contraire le lendemain ? », a-t-il questionné.
S’appuyant sur l’histoire politique du pays, Fred Bauma a rappelé le rôle de l’UDPS dans la défense de la Constitution, souvent au prix de lourds sacrifices. Il évoque notamment les manifestations de septembre 2016, réprimées dans le sang.
« L’UDPS ne peut pas se permettre d’enterrer quarante ans de lutte pour devenir ce qu’il a combattu », a-t-il déclaré.
Le timing du débat est également jugé problématique. Dans un contexte de guerre à l’Est, avec des populations déplacées et des zones hors contrôle de l’État, engager une réforme constitutionnelle serait, selon lui, « indécent ».
« Profiter de la guerre pour faire passer des pilules amères à la population, c’est exploiter sa misère », a-t-il martelé.
Fred Bauma a enfin mis en garde contre les conséquences d’une telle trajectoire, en évoquant le précédent de Joseph Kabila.
« S’il avait quitté le pouvoir en 2016, sa mémoire serait très différente. Le fait de vouloir s’éterniser l’a fragilisé, lui et le pays », a-t-il rappelé.
« Je ne sais pas qui vous conseille d’aller dans cette voie. Mais ça fragilise tout, y compris les accords de Washington. Si ce n’est pas arrêté, cela risque d’enfermer la RDC dans un cycle où il faudra toujours plus de violence pour se maintenir au pouvoir », a-t-il conclu avec un avertissement direct au président.
Dans un climat politique déjà tendu, cette prise de position relance avec force le débat sur l’avenir institutionnel du pays, entre respect de la Constitution, enjeux de pouvoir et stabilité démocratique.
La rédaction


