Dans le cadre du projet « Renforcer la participation des femmes dans la gouvernance en RDC », l’institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence, Ebuteli, a organisé, ce vendredi 27 février, un dialogue croisé sur le pouvoir féminin dans la salle Salonga de l’hôtel Memling, à Kinshasa.
Financé par le Fonds canadien pour le développement des initiatives locales (FCII), ce rendez-vous a réuni femmes leaders actuelles et jeunes aspirantes dans un climat de partage, de réflexion et de transmission intergénérationnelle, autour d’un commun objectif de consolider la présence féminine dans les espaces de prise de décision en République démocratique du Congo.
Un dialogue pour renforcer les capacités et créer des ponts entre générations
Ce dialogue est venu prolonger un media training et des cliniques parlementaires tenus en amont. Ces activités ont permis, d’une part, de renforcer les capacités des participantes en matière de prise de parole publique via les médias traditionnels et numériques, et d’autre part, d’accompagner concrètement les femmes élues dans l’exercice de leur mandat. Ces ateliers avaient révélé l’incontournable réalité selon laquelle au-delà des compétences et des textes en faveur de l’égalité, l’absence de mentorat structuré reste un frein majeur à l’accès des femmes aux cercles de décision.
Dès l’ouverture, Ange Makadi, responsable communication et chercheuse à Ebuteli, a rappelé les objectifs de la rencontre ainsi que le format du dialogue, conçu comme un espace ouvert d’échanges et de transmission.
Contrairement aux cliniques parlementaires traditionnelles, cette séance a été rendue publique et diffusée en ligne, afin de toucher un public plus large et d’inspirer des milliers de femmes à travers le pays.
Quand les expériences ouvrent des portes
Le dialogue s’est articulé en trois séquences : le partage d’expériences, les échanges directs entre générations, et la mise en place d’un mentorat structuré. Chacune de ces étapes a été marquée par des prises de parole riches, personnelles et inspirantes.
Parmi les interventions les plus marquantes, celle de Vicky Katumwa Mukalay, sénatrice et présidente du conseil d’administration du Fonds de promotion de l’industrie, a captivé l’auditoire par son franc-parler et sa lucidité.
« Si vous n’êtes pas dans les positions où se prennent les décisions, vous resterez toujours en marge », a-t-elle déclaré, appelant à l’action toute femme aspirant à l’influence politique.

« Parfois, ce sont les femmes elles-mêmes qui fragilisent les femmes, pendant que les hommes avancent en bloc », a-t-elle appelé les femmes à dépasser l’autocensure et à renforcer leur solidarité.
Pour elle, l’information et la maîtrise des outils de communication ne sont pas de simples atouts, mais des leviers indispensables pour faire bouger les lignes au sein des institutions.
Transformer une injustice en avancée collective
Une autre voix forte de la journée était celle de Gabriela Mwimba Abudra, juriste et experte en administration publique, a partagé un témoignage personnel poignant. La perte de son contrat de travail après sa grossesse lui a ouvert les yeux sur les discriminations structurelles persistantes dans l’administration publique.
« Lorsque l’on vit soi-même l’injustice, le combat prend une dimension plus profonde », a-t-elle précisé.
Animée par cette expérience, elle s’est engagée dans un plaidoyer qui a conduit à des avancées notables telles que l’introduction du congé de paternité et la reconnaissance des temps d’allaitement dans les textes administratifs. Son diagnostic a mis en lumière les obstacles invisibles que rencontrent encore de nombreuses femmes : l’autocensure, le manque de réseaux professionnels, la charge mentale domestique, l’accès limité aux médias et parfois même le cyberharcèlement.
Une vision élargie du leadership féminin
Dans la salle, un autre intervenant a offert une perspective différente mais tout aussi essentielle. Gratien Mundia, cordonateur du Fonds canadien d’initiatives locales, a apporté une voix masculine de soutien en faisant un plaidoyer pour que les modèles féminins servent à inspirer d’autres femmes à s’affirmer, à persévérer et à se structurer davantage.
« Il est évident que pour qu’un modèle féminin ait un véritable impact, il doit y avoir des femmes inspirées. Sans elles, tout le travail des femmes inspirantes risque de passer inaperçu », a-t-il insisté.

Il a évoqué la nécessité de développer des compétences solides telles que le savoir, le savoir-faire et le savoir-être, comme fondements pour affronter le monde professionnel et politique.
« Même face à un échec, on ne perd jamais : on gagne de l’expérience et des enseignements qui permettent d’avancer », a-t-il conclu.
Cette phrase, citant Nelson Mandela, a offert une note d’espoir et de résilience qui a trouvé un écho fort parmi les participantes.
Un mentorat volontaire qui ouvre des chemins

Le dernier temps fort de la rencontre a été l’annonce d’un mentorat volontaire structuré, conçu pour tisser des liens durables entre femmes leaders confirmées et jeunes aspirantes. Ce mentorat ne porte pas sur des prises en charge financières, mais sur un engagement de contact régulier, de partage d’opportunités professionnelles et politiques, et d’accompagnement personnalisé.
À l’issue de cette journée, plusieurs acquis sont déjà tangibles notamment la valorisation des trajectoires féminines, un renforcement de la confiance intergénérationnelle et la création d’un espace de mise en réseau durable.
Cette rencontre a confirmé la volonté des acteurs engagés de faire du leadership féminin un levier structurant pour une gouvernance plus inclusive, plus équitable et plus performante en République démocratique du Congo.
Lydia Mangala


