Après leur série de tournées dans la sous-région, en Europe et à New York auprès du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, les hommes de Dieu congolais ont été cette fois-ci reçus à Doha par Mohamed Bin Abdelaziz, ministre des Affaires étrangères du Qatar, sous l’invitation du gouvernement qatari.
Eu égard à toutes ces tournées, l’opinion tant nationale qu’internationale ne cesse de s’interroger sur ce que va accoucher la démarche des religieux congolais dans cette lourde mission qu’ils se sont assignées, d’autant plus que les États-Unis et le Qatar se sont depuis un moment lancés sur la même piste.
Si le Qatar et les USA ainsi que l’Union Africaine (UA) affirment être engagés sans relâche dans la restauration d’une paix durable à l’Est de la RDC, privilégiant le dialogue comme unique moyen de résoudre les conflits entre Kinshasa et Kigali, alors une question se pose : quelle partition restera-t-il aux évêques et pasteurs, déjà devancés par Washington et Doha ? Ces derniers ont en effet réussi à réunir Kagame et Tshisekedi autour d’une même table, sous médiation qatarie, et ont facilité la signature d’une déclaration de principes entre les deux pays.
Face aux avancées tangibles des Américains et des Qataris ainsi l’UA avec le processus de Luanda aujourd’hui mener par le président togolais, Faure Gnassingbé, l’on peut légitimement douter de l’impact réel de l’initiative de la CENCO et de l’ECC, même si une frange de l’opposition congolaise rejette les médiations étrangères, préférant s’en remettre exclusivement au « Pacte social pour la paix » des religieux.
Et si la solution venait d’une synergie inattendue ?

Plutôt que de voir ces initiatives comme concurrentes, et si les religieux congolais jouaient un rôle complémentaire, voire décisif, en capitalisant sur leur légitimité morale et leur ancrage local ? Alors que les grandes puissances négocient des accords politiques, les Églises pourraient mobiliser les populations, œuvrer à la réconciliation communautaire et garantir un suivi citoyen des engagements pris, une mission que ni Washington ni Doha ne peuvent remplir seuls.
Cependant, un autre paradoxe interpelle : alors que les évêques, le Qatar, les USA et même la France multiplient les négociations, la Belgique, historiquement liée à la RDC, semble en retrait, préférant durcir le ton sur les sanctions plutôt que de s’impliquer activement dans la médiation. Si Bruxelles ne rejoint pas cette dynamique, quel crédit accorder aux autres acteurs, dont les motivations géostratégiques et économiques sont souvent suspectées de primer sur l’intérêt congolais ?
Un tribunal des consciences pour briser l’impunité

Et si, au-delà des pourparlers diplomatiques, la CENCO et l’ECC créaient un « Tribunal des consciences », une instance symbolique mais médiatisée, chargée de dénoncer publiquement les responsables des violences, qu’ils soient locaux ou étrangers ? En s’appuyant sur leur autorité morale, les Églises pourraient ainsi exercer une pression éthique inédite, forçant les acteurs politiques à rendre des comptes là où la diplomatie classique échoue.
Reste une évidence : ni la médiation de Doha, ni la facilitation de Washington, ni même le pacte des évêques n’auront de sens s’ils ne servent pas d’abord le bien-être des Congolais. Aujourd’hui, le peuple reste otage d’arrangements géopolitiques où les souffrances des victimes pèsent moins que les intérêts des puissances et de quelques élites indifférentes.
Guy Yuma


