Et si nos poubelles devenaient des mines d’or ? Et si les déchets qui jonchent nos rues pouvaient nourrir nos animaux, éclairer nos maisons et soigner nos peaux ? C’est le pari audacieux que font cinq innovateurs congolais, accompagnés par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) dans le cadre du projet de Mise à l’échelle des innovations environnementales dans le Bassin du Congo implémenté par Kuvuna Foundation en RDC.
Ce projet s’inscrit dans une dynamique régionale d’envergure. Après la phase régionale qui a débuté depuis mai 2025 avec le concours régional des innovations environnementales, 20 projets ont été sélectionnés pour la phase de la mise à l’échelle dans les 4 pays cibles. Ce projet qui couvre les pays du bassin du Congo notamment Congo-Brazzaville, le Gabon, le Cameroun et la République démocratique du Congo. Depuis le 18 novembre 2025, le lancement pays a été fait à Kinshasa avec la participation active de la Délégation générale de la Francophonie en RDC, du groupe des ambassadeurs francophones, le ministère de la Jeunesse ainsi que d’autres institutions.
Ce projet a pour objectifs de :
• Structurer et organiser un concours régional hybride pour identifier et valoriser 40 meilleures innovations environnementales ;
• Déployer un programme de formation et d’accompagnement personnalisé hybride pour renforcer les compétences techniques et opérationnelles des jeunes entrepreneurs ;
• Organiser un hackathon à Brazzaville avec les 20 meilleures innovations issues des différents du bassin du Congo ;
• Organiser des campagnes nationales de recherches et de mobilisation de financement pour faciliter l’accès aux ressources financières ;
• Assurer un suivi-post programme afin de maximiser la réussite des projets sélectionnés.
Kuvuna Foundation : un accélérateur de talents au service de l’environnement
Des 167 candidatures recevables de la-sous-région, la RDC a compté 70 candidatures. Sous le leadership de Kuvuna Foundation en RDC, la mission est d’accompagner et renforcer les compétences techniques et opérationnelles des jeunes entrepreneurs. Cet accompagnement vise à aider ces entrepreneurs à franchir le cap de la commercialisation et à structurer leur modèle économique pour un impact durable. C’est grâce à ce terreau fertile offert par l’OIF et la Kuvuna Foundation que cinq visages congolais émergent aujourd’hui, prouvant que l’Afrique est un véritable laboratoire vivant de solutions écologiques. Rencontrez avec ces bâtisseurs d’avenir.
Camille Nyembo : Quand les asticots deviennent une mine de protéines
Camille Nyembo est expert en entomotechnologie et spécialiste de la valorisation des déchets organiques. Face au coût très élevé des aliments pour bétail et à la pollution grandissante, il a trouvé une solution aussi surprenante qu’efficace : la mouche soldat noire.
« Mauvaise gestion des déchets organiques, coût élevé des sources de protéines pour l’alimentation animale, pollution atmosphérique. J’ai voulu résoudre plusieurs problèmes à la fois », explique cet entrepreneur visionnaire.
Son innovation consiste à produire des larves (asticots) à partir de déchets organiques, puis à les transformer en farine riche en protéines destinée à l’alimentation des volailles, des poissons et des porcs. Les déjections des larves deviennent un engrais organique de qualité pour les cultures. À terme, cette solution pourrait générer ambitieusement environ 80 000 USD de revenus annuels, créer des dizaines d’emplois et réduire de manière significative les émissions de méthane et d’ammoniac.
Hélène Omoy : La poubelle intelligente qui révolutionne le tri des déchets
Ingénieure en technologies durables et spécialiste de l’intelligence artificielle appliquée à l’environnement, Hélène Omoy Kombe s’est attaquée à un problème majeur. À Bukavu comme dans la plupart des villes congolaises, 90 % des déchets finissent dans la nature, dans les rivières ou sont brûlés à ciel ouvert.
« Le tri manuel est peu reproductible et inefficace. L’absence de tri à la source condamne nos villes à l’insalubrité », déplore-t-elle.
Sa réponse s’appelle O’Trid Bin, une poubelle intelligente, solaire et autonome, fabriquée localement. Équipée d’intelligence artificielle embarquée, d’IoT et de géolocalisation, elle détecte et trie automatiquement les déchets (plastique, biodégradable, métallique) avec 97 % de précision. Selon ses projections, l’installation de 100 O’Trid Bin permettrait de valoriser près de 4 000 tonnes de déchets par an tout en créant environ 40 emplois verts.
Fabrice Aganze : Du biogaz purifié pour sortir de la dépendance au charbon de bois
Ingénieur des structures et expert en biomasse spécialisé dans les énergies renouvelables, Fabrice Aganze Bashige est convaincu que les déchets peuvent devenir une source d’énergie propre.
« Il y a de l’or dans nos poubelles », aime à répéter cet ingénieur qui a mis au point un système de désulfuration du biogaz transformant les déchets biodégradables en énergie utilisable.
Le défi était de taille, car le biogaz brut contient du sulfure d’hydrogène (H₂S), un gaz corrosif et dangereux. Sa technologie de purification innovante permet désormais d’utiliser ce biogaz en cuisine, pour l’éclairage et même pour produire de l’électricité. Grâce à cette solution, environ 2 500 tonnes de déchets pourraient être valorisées chaque année, évitant l’émission de 600 tonnes de CO₂ et préservant près de 2 000 arbres.
« Nous luttons contre la déforestation due à l’utilisation massive du charbon de bois, tout en valorisant les déchets qui polluent nos villes », résume l’innovateur, directeur général du projet.
François Bagalwa : Des champignons pour nourrir et soigner
Entrepreneur social spécialisé en nutrition et en valorisation des ressources forestières, François Bagalwa Kabobya s’attaque à un défi majeur. En RDC, 43 % des enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition chronique et 27 millions de personnes sont en situation d’insécurité alimentaire aiguë.
Face à cette urgence, il s’est tourné vers les pleurotes, des champignons aux propriétés nutritionnelles exceptionnelles. Son entreprise transforme les déchets biodégradables en champignons, puis en trois produits innovants : une farine infantile enrichie, une lotion hydratante et un savon aux propriétés antibactériennes.
« Nous apportons une réponse locale et naturelle aux défis de nutrition, de sécurité alimentaire et de santé publique », souligne cet entrepreneur.
Il ambitionne d’atteindre un chiffre d’affaires d’environ 112 500 USD dès la deuxième année, avec un retour sur investissement estimé à 54 %.
Daniel Vangisivavi : La pommade qui réunit trois fonctions en une
Chimiste spécialisé en pharmacopée traditionnelle et en valorisation des plantes du Bassin du Congo, Daniel Vangisivavi s’est penché sur les problèmes sanitaires persistants dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu, notamment le paludisme, les infections cutanées et les mycoses.
Sa réponse est une pommade multifonctionnelle 100 % naturelle, à la fois antibactérienne, antifongique et antimoustique.
« Les solutions disponibles sont grandement issues de la synthèse chimique. Nous avons voulu mettre en lumière les ressources végétales de notre région tout en répondant aux besoins concrets des populations », explique ce chimiste passionné.
Il vise levé des fonds qui seront destinée à lancer une unité de production à plus grande échelle et à contribuer à l’éradication du paludisme en Afrique voire au-delà des frontières.
Des révolutions vertes à soutenir

Ces cinq innovations incarnent une nouvelle génération d’entrepreneurs congolais, engagés, créatifs et tournés vers des solutions durables. Grâce à l’accompagnement technique, financier et stratégique de l’OIF via la Kuvuna Foundation, ces projets franchissent aujourd’hui une étape décisive.
« Nous voulons montrer que les défis environnementaux du Bassin du Congo peuvent être transformés en opportunités économiques et sociales », explique Merveille Lutumba, Point Focale du projet.
« Ces jeunes prouvent que l’innovation verte est non seulement possible, mais rentable », ajoute-t-elle.
Alors que le monde entier cherche des solutions pour concilier développement et protection de l’environnement, certaines réponses émergent déjà au cœur de la RDC.
Pour soutenir ces innovations ou établir des partenariats, il est possible de contacter l’équipe du projet via les canaux officiels de Kuvuna Foundation.
Lydia Mangala


