La Grande Rentrée Littéraire de Kinshasa, organisée à la bibliothèque du Centre Wallonie-Bruxelles, a été l’occasion d’une réflexion approfondie sur le rôle de l’écrivain dans la société congolaise.
Autour du thème « Littérature engagée : une arme pour dénoncer et agir ? », plusieurs auteurs et intellectuels ont pris la parole, parmi lesquels Tiguy Elebe, auteur du roman « Le crépuscule des absolus ».
Une vision plurielle de l’engagement

Dans son intervention, Tiguy Elebe a pris soin de distinguer la littérature de ce que l’on qualifie de littérature engagée.
Pour lui, la première est avant tout un espace de narration et d’observation, où l’écrivain peint la société à travers des histoires, des relations humaines ou encore des dynamiques politiques.
Quant à l’engagement, il l’a décrit comme une notion plurielle, qui ne se limite pas au champ politique.
L’auteur a rappelé qu’il pouvait également concerner des causes environnementales, sociales ou encore humaines, telles que la tolérance ou la fraternité.
L’écrivain : observateur ou militant ?

« Je suis avant tout un observateur de la société », a affirmé Tiguy Elebe, soulignant que son écriture se nourrit des faits du quotidien sans nécessairement répondre à une logique militante.
Toutefois, il admet que la plume peut devenir un outil de mobilisation. Dès lors qu’un texte suscite une réaction, une critique ou un débat, l’écrivain devient de fait engageant, même s’il ne revendique pas explicitement une posture d’auteur engagé.
Il a par ailleurs mis en lumière la responsabilité citoyenne de l’écrivain. Selon lui, écrire sur les réalités de la société, ses difficultés, ses valeurs menacées, ses contradictions, revient déjà à agir, car l’écriture est une forme d’action.
La littérature, source de l’action politique

Défendant l’idée que « la réflexion précède l’action », Tiguy Elebe a insisté sur le rôle fondateur de l’écrivain dans la structuration des sociétés.
« Sans la pensée et l’imagination des auteurs, il n’y aurait pas de systèmes politiques, pas d’idéologies », a-t-il soutenu.
La plume, selon lui, est donc à l’origine même des mouvements sociaux et politiques qui façonnent les cités.
De ce point de vue, reprocher aux écrivains de ne pas agir serait injuste. L’acte d’écrire, affirme-t-il, constitue déjà une contribution essentielle au changement.
Une vocation qui ne se confond pas avec la politique

En conclusion, Tiguy Elebe a tenu à rappeler que tout écrivain n’a pas vocation à devenir politicien. Si certains choisissent d’entrer en politique, d’autres assument leur rôle d’éveilleur de conscience sans franchir ce pas.
Pour lui, l’essentiel est que l’auteur remplisse sa mission de transmettre une pensée capable d’inspirer le lecteur, lequel peut à son tour devenir acteur de changement.

Ainsi, à travers son propos, Tiguy Elebe redonne toute sa place à l’écrivain dans la société congolaise, non pas comme un simple spectateur, mais un acteur de l’ombre dont la plume précède et nourrit l’action visible.
Lydia Mangala


