Lors d’un colloque consacré à l’émergence de l’intelligence artificielle dans le secteur de l’information, le Directeur pays d’Internews, Karim Bernard Dende, a livré une analyse lucide et engagée sur les défis et responsabilités qui incombent aux professionnels des médias congolais dans un paysage technologique en profonde mutation.
L’IA, une révolution ancienne aux effets bien actuels

Pour Karim Bernard Dende, le niveau et la qualité de la circulation de l’information sont les témoins silencieux du degré de maturité d’un pays. C’est à ce titre qu’il salue l’initiative du Laboratoire de recherche en sciences de l’information et de la communication (Larsicom), associé à une journée de réflexion sur les implications de l’IA dans le champ journalistique.
Revenant sur les racines historiques de l’intelligence artificielle, il rappelle que cette révolution technologique n’est pas une mode passagère. Débutée dans les années 1950, l’IA est aujourd’hui à un tournant, où ses applications dans la création de contenu, notamment via des outils comme ChatGPT, posent des questions environnementales et éthiques.
« On estime, par exemple, qu’il faut trois bouteilles d’eau pour générer cent mots avec ChatGPT », a-t-il illustré.
L’uniformité algorithmique, une menace pour le pluralisme

Mais au-delà de leur consommation de ressources, ces systèmes suscitent des interrogations profondes sur la nature même de l’information.
« L’IA ne crée pas : elle modélise à partir de données. L’uniformité de ses réponses remet en question la diversité des opinions », alerte-t-il.
Le danger serait alors d’assister à une standardisation massive du contenu, voire à l’apparition d’une « police de l’information » dans un monde sur-automatisé.
Dans ce contexte, le rôle du journaliste est amené à se redéfinir.
« Il deviendra un hybride : détective de la vérité, spécialiste des algorithmes, développeur d’outils de vérification et gardien de l’éthique informationnelle », affirme-t-il.
Souveraineté informationnelle et appropriation locale

Ce virage exige une appropriation locale des outils technologiques. Il ne s’agit pas de consommer des solutions pensées ailleurs, mais d’en concevoir qui soient en phase avec les réalités congolaises. C’est donc dans une dynamique de souveraineté informationnelle que karim Dende inscrit son plaidoyer.
Il salue la présence de nombreux jeunes chercheurs, convaincu que c’est avec eux que se construira une information libre, diversifiée et porteuse de sens pour la République démocratique du Congo.
Lydia Mangala


