À Kinshasa, certaines réalités urbaines défient toute logique et mettent en lumière les failles du contrôle territorial. Quelques jours seulement après la démolition des habitations érigées illégalement sur le site interdit de la Baie de Ngaliema, de nouvelles constructions refont déjà surface.
Ce phénomène interpelle l’opinion sur le pourquoi une population, pourtant avertie des dangers, persiste-t-elle à bâtir dans une zone à haut risque ? Et surtout, pourquoi les autorités ferment-elles les yeux ?
Une action sans suivi durable
L’opération de démolition, saluée par certains comme un acte de restauration de l’ordre urbain, semble avoir été un simple coup d’éclat, sans stratégie de suivi
. Or, le contexte démographique de Kinshasa, où l’exode rural massif gonfle quotidiennement le nombre d’habitants, exige plus que jamais des mesures structurelles et durables.
La Baie de Ngaliema est officiellement classée comme une zone à risque d’inondations, impropre à toute occupation humaine.
Mais faute de contrôle effectif, la logique de survie l’emporte sur la légalité, donnant lieu à une prolifération chaotique de nouvelles bâtisses.
Le reflet d’un désordre plus global
Ce cas n’est pas isolé. La capitale congolaise est devenue une pépinière de constructions anarchiques, de marchés pirates et d’activités commerciales installées sur des sites interdits ou des emprises publiques.
Cette situation traduit non seulement l’ampleur de la crise urbaine, mais aussi une faiblesse chronique dans l’application des lois.
Au-delà de la simple illégalité, ces pratiques exposent la population à des risques sanitaires et sécuritaires majeurs : effondrements, inondations, absence de salubrité, congestion urbaine.
Complicités silencieuses et responsabilité politique
Beaucoup craignent que ce chaos ne prospère grâce à la complicité tacite de certains cercles politiques, qui, par clientélisme ou intérêt électoral, préfèrent fermer les yeux. Cette complaisance alimente un sentiment d’impunité et fragilise l’autorité de l’État.
Pourtant, l’urgence est qu’il ne s’agit pas seulement de démolir, mais de prévenir, en offrant des alternatives viables en termes de logement et d’urbanisme, et en faisant respecter la loi de manière cohérente et équitable.
La Baie de Ngaliema est le symbole d’un mal plus profond, celui de l’absence d’une vision urbanistique rigoureuse et d’une gouvernance ferme.
Tant que les décisions resteront ponctuelles, Kinshasa continuera à se développer dans le désordre, au détriment de sa sécurité et de son avenir.
Lydia Mangala


