À l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, Reporter sans frontières (RSF) publie son rapport 2025, plaçant la République démocratique du Congo (RDC) à la 133ᵉ place sur 180 pays.
Alors que la technologie bouleverse les pratiques journalistiques, l’organisation alerte sur de nouveaux périls : manipulation algorithmique, contenus inauthentiques amplifiés et assèchement financier des rédactions.
RDC : un recul préoccupant au classement RSF
Depuis plusieurs années, les menaces physiques contre les journalistes à l’Est de la RDC, enlèvements, attaques et enrôlements forcés, demeurent dramatiquement visibles.
Mais RSF souligne que c’est la fragilisation économique des médias qui fragilise désormais la liberté de la presse à l’échelle nationale : absence d’aides publiques transparentes, concentration croissante de la propriété des médias, et pressions directes des annonceurs pèsent lourdement sur l’indépendance éditoriale.
Comme résultat, pour la première fois, l’indicateur économique du classement mondial atteint un seuil « critique », reléguant la RDC dans la catégorie « difficile ».
Des menaces économiques plus insidieuses que la censure
Anne Bocandé, directrice éditoriale de RSF, insiste :
« Sans indépendance économique, il n’y a pas de presse libre. »
Selon elle, lorsqu’un média court après l’audience pour survivre, il s’expose aux ingérences des grands groupes ou de décideurs publics, au détriment de la qualité et de la fiabilité de l’information.
La mise en œuvre tardive du Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti, la suppression des zones salariales promises aux journalistes et l’opacité des financements d’État illustrent cette course-poursuite mortifère.
RSF appelle à restaurer « une économie des médias favorable au journalisme », gage d’informations fiables et d’une société mieux informée.
L’intelligence artificielle, opportunités et dangers
La thématique choisie pour l’édition 2025, « Informer dans un monde complexe : l’impact de l’intelligence artificielle sur la liberté de la presse et les médias », vient souligner que l’IA transforme simultanément la collecte, le traitement et la diffusion de l’information.
D’un côté, les outils automatisés améliorent la vérification des faits, la traduction instantanée et la visualisation des données ; de l’autre, ils facilitent la création de deepfakes, l’amplification de la désinformation et la marginalisation des voix indépendantes.
Le Rapporteur spécial des Nations unies pour la liberté d’expression et le Pacte mondial pour le numérique de l’ONU recommandent de conjuguer innovation technologique et garanties éthiques, afin de ne pas sacrifier le pluralisme ni la vie privée.
En cette Journée mondiale, RSF rappelle aux gouvernements leur devoir de veiller à ce que le progrès technologique serve réellement l’intérêt public.
Pour la RDC, il est urgent de combiner protection juridique des journalistes, transparence des aides publiques et régulation des plateformes d’IA.
Sans un environnement économique stable et des garde‑fous technologiques clairs, l’indépendance de la presse restera menacée, au détriment de la démocratie et de la stabilité sociale.
Lydia Mangala


