Au petit jour du samedi 05 avril 2025, Kinshasa s’est réveillée sous une mer de boue. Sur le boulevard Lumumba, les taxis peinent à avancer, les camions dérapent, les piétons, pantalons retroussés et chaussures à la main, cherchent un passage entre les flaques profondes et les débris charriés par la crue.
La rivière Ndjili, nourrie par des pluies diluviennes dans la nuit du vendredi 04 au samedi 05 avril, a rompu ses berges et transformé les rues en canaux improvisés, jetant des milliers de citadins sur le pavé détrempé .
De Debonhomme à Abattoir : le trajet des inondés

Entre le saut‑de‑mouton de Debonhomme et l’arrêt Abattoir, des familles entassent matelas et sacs sur les trottoirs ; d’autres, pieds nus ou en sous‑vêtements, avancent vers un refuge incertain.
Plusieurs ont passé la nuit du samedi 05 au dimanche 06 avril à la belle étoile, à même le sol dans des stations‑service, faute d’abri disponible.
À Mont‑Ngafula, l’effondrement d’un mur a enseveli six personnes ; on dénombre au moins dix décès dans la capitale, auxquels s’ajoutent plusieurs disparus à Kimwenza, à l’arrêt Pharmacie et à Mosango .
Hors de Kinshasa, la RN1 vers Matadi reste coupée à Kasangulu, privant la région d’un axe vital.
Le fil de l’eau et le poids du climat

Kinshasa, située à l’extrémité occidentale du bassin du Congo, connaît deux saisons : une courte période sèche (mai–septembre) et une longue saison des pluies (septembre–mai).
L’Intertropical Convergence Zone, qui s’attarde parfois plusieurs jours au‑dessus de la ville, déverse des trombes d’eau ; ce début avril, des cumuls records ont déclenché une crue rapide et violente de la Ndjili, déjà vulnérable en raison de l’urbanisation galopante et de l’accumulation de déchets plastiques dans son lit .
Un risque ancien, aggravé par l’aménagement anarchique

En avril 2024, la digue protégeant le quartier Ndanu cédait déjà, vidant ses habitants de leurs logements ; ceux qui ne pouvaient payer un abri de fortune dormaient à la belle étoile, exposés aux maladies véhiculées par l’eau sale .
Aujourd’hui encore, la construction illicite sur les ripisylves, l’absence de canalisations entretenues et l’absence de bassins de rétention font de chaque forte pluie un péril majeur.
Au‑delà des chiffres, dix morts confirmés, des dizaines de blessés et de disparus, c’est le choc des témoignages qui marque les esprits.
Réponse d’urgence et promesses officielles

Réunis en cellule de crise, le Vice-premier ministre rt ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani Lukoo et le gouverneur de la ville, Daniel Bumba Lubaki ont annoncé la réouverture partielle de la RN1 et le déploiement d’équipes pour rétablir l’eau potable et protéger les lignes électriques de la SNEL.
« Beaucoup de maisons ont été construites dans des zones interdites : l’État devra intervenir », a prévenu Daniel Bumba, soulignant la nécessité d’une planification urbaine rigoureuse.
Au‑delà du secours : vers une résilience durable

Ces inondations ne sauraient se cantonner à un épisode isolé : elles traduisent l’urgence d’investir dans des digues normalisées, des bassins de rétention et des systèmes de pompage, comme le préconisent des urbanistes et hydrologues locaux .
À terme, la restauration des berges, la sensibilisation des populations à la gestion des déchets et l’amélioration des réseaux de drainage pourraient atténuer l’impact des pluies extrêmes.
Kinshasa, métropole tentaculaire en plein essor, se confronte aujourd’hui à la furie d’une rivière mal contenue et d’un climat de plus en plus capricieux.
Si la solidarité spontanée, accueil dans les stations‑service, entraide de quartier, a permis de limiter le drame humain, seule une stratégie de long terme, mêlant ingénierie, réglementation et éducation citoyenne, garantira que la capitale ne sombre plus sous ses eaux.
Lydia Mangala


