En marge de la célébration de la journée internationale pour l’élimination des violences sexuelles en temps de conflit,
L’ASBL AFIA MAMA a organisé le mercredi 2 Juillet 2025, une matinée d’échanges, en collaboration avec l’ambassade de la France, dans la salle de banquet du Palais du peuple. Cela, sous la facilitation de la rapporteur adjoint du Bureau de l’assemblée nationale, la député Dominique Munongo
Depuis des décennies, les conflits armés rongent la République démocratique du Congo, tout en favorisant des violences sexuelles. Depuis l’escalade des conflits en janvier 2025, occasionnée par les troupes de M23/AFC soutenues par le Rwanda, les attaques contre les civils, les attaques contre les établissements de santé, les organisations de la société civile et défenseurs des droits humains travaillant dans la prise en charge des victimes ont largement contribué à la recrudescence des violences sexuelles.

À travers le Professeur Jacques Ndjoli, représentant du Président de l’assemblée Nationale Vital Kamerhe, le bureau du parlement a reconnu une responsabilité à s’impliquer activement dans la lutte contre les violences sexuelles qui doivent rester une question majeure sur les jardins des négociations.

Dans son mot d’introduction, Anny Modi, Directrice Exécutive de l’ASBL AFIA MAMA a mis en lumière la nécessité d’éliminer les violences sexuelles en temps de conflit, en soulignant leurs conséquences dévastatrices sur les individus et les communautés. Elle a remercié les partenaires et a appelé à un engagement concret de la part du Parlement, du système judiciaire, des diplomates, des partenaires financiers, des journalistes, des chefs religieux et des hommes alliés.
« Leurs attaques sont profondes, durables et misérables. Sur le plan physique, des blessures graves, des infections, des VIH, des cancers forcés et des grossesses non désirées. Sur le plan psychologique, la dépression, les stress post-traumatiques, les tentatives de suicide et l’isolement. Sur le plan économique, la perte d’autonomie, exclusion au travail et la pauvreté renforcée.
Sur le plan social, stigmatisation et discrimination. Et sur le plan juridique, les juristes vont nous en dire plus, mais je tiens à souligner qu’une justice est souvent inaccessible. », a-t-elle déclaré.
Pour sa part, l’ambassadeur de la France, Rémy Maréchaux a souligné l’importance de l’élimination de la violence sexuelle en temps de conflit et a remercié AFlA MAMA et l’Assemblée nationale pour l’organisation d’une séance d’échange sur le genre et les droits des femmes. Il a mis en avant le courage des survivantes et l’urgence d’agir face aux difficultés persistantes en RDC.
Mais aussi, le soutien à l’engagement de la RDC dans le développement de mécanismes de justice transitionnelle, notamment par l’adoption de lois et la création de commissions. Il n’a pas manqué de relever l’importance d’associer les victimes et les communautés locales au processus ainsi que la nécessité de rendre effective la loi sur l’accès à la justice gratuite.

Au nom de la Ministre du Genre, famille et enfants, la Directrice de cabinet a, à travers son discours, mis en lumière les souffrances des femmes et des enfants, qui subissent des violences, des déplacements forcés et des destructions de leur tissu social depuis plus de trois décennies. Les chiffres sont alarmants, avec près de 10 000 cas de violences sexuelles enregistrés en seulement deux mois, dont une grande partie concerne des enfants. Elle a ensuite appelé à un engagement politique renforcé pour protéger les victimes et restaurer la dignité humaine.
Échange à bâton rompu sur l’éradication des violences sexuelles en temps de conflits armés

Quatre intervenants au total ont pris parole lors de cette partie, à savoir, Nelly MBUNGU
sur l’Etat des lieux des violences sexuelles faites aux femmes à l’Est de la RDC»; Me Freddy KWAMBA sur « Le droit d’accès à la justice pour les victimes des violences sexuelles en RDC : contexte actuel, défis, opportunités et recommandations »;
Me Gisèle KAPINGA sur les micanismes mis en place par la CNDH pour le respect des droits humains en RDC et Faida MWANGILWA sur Les défis quant à la l’indemnisation des victimes des violences sexuelles en RDC.

Pour la première intervention, Nelly Mbumba a évoqué la situation des femmes depuis le début de la guerre en 2022 avec le M23. Elle a mis en évidence le nombre important de personnes déplacées, les besoins humanitaires croissants et les violences sexuelles généralisées. Et a souligné les difficultés rencontrées par les femmes et les filles, y compris les défenseurs des droits des femmes, et appelle à une aide humanitaire urgente. Cela, avant d’insister sur la nécessité de soutenir les enquêtes sur les crimes graves et d’impliquer les communautés affectées dans la recherche de la paix, tout en condamnant les menaces et les attaques contre les femmes.
Me Freddy KWAMBA a, pour sa part, émis des recommandations, à savoir, la mise en place des chambres spécialisées pour traiter les affaires de violences sexuelles, fournir une assistance judiciaire gratuite et soutenue aux victimes, lancer des campagnes de sensibilisation pour briser le silence autour des violences sexuelles, créer des fonds de réparation pour les victimes après la condamnation des auteurs, entreprendre des réformes juridiques pour adapter les lois aux réalités du terrain, lutter contre la corruption au sein du système judiciaire, et mettre en place des services de soutien accessibles aux victimes.
À en croire Me Gisèle Kapinga, La CNDH a un rôle de promotion, de protection et de plaidoyer en faveur des victimes et des survivants des violences, en particulier sexuelles, liées aux conflits. Elle organise des conférences, des tables rondes, des émissions télévisées et des ateliers de sensibilisation, et effectue des monitorings sur le terrain. La CFDH vulgarise les textes de loi relatifs à la protection et à la réparation des victimes, oriente les survivants vers les structures d’assistance juridique et médicale, et effectue des plaidoyers auprès des décideurs pour améliorer la prise en charge des victimes. Elle travaille en collaboration avec des ONG, des parquets et des auditorats pour renforcer la réflexion sur les violences sexuelles et la réparation des victimes.

Par ailleurs, l’ancienne Ministre du Genre Faïda Mwangiliwa a souligné la persistance des conflits armés qui interrompent les projets et entraînent des pertes financières. Elle mentionne les problèmes liés à l’établissement des victimes, notamment le détournement de fonds par les avocats et les taux d’exécution à zéro pour les lignes budgétaires. Elle a insisté sur l’importance de l’application de la justice et déplore l’évasion de criminels, ce qui maintient l’insécurité.
Il sied de noter que des témoignages se sont suivis de deux rescapées de Goma avant les questions réponses et la clôture de la matinée d’échanges.
Joséphine Mawete



Un commentaire
Seule nous pouvons pas, tous ensemble nous pouvons