Alors que le monde du football a les yeux rivés sur l’été 2026, une ombre s’allonge sur les espoirs des supporters africains. La Coupe du Monde 2026, promise comme la plus inclusive de l’histoire par la FIFA et coorganisée par les États-Unis, le Canada et le Mexique, s’annonce d’ores et déjà comme un parcours du combattant financier. En cause, l’extension d’un dispositif de politique migratoire américaine, le Visa Bond Pilot Program.
Pour les ressortissants d’une cinquantaine de pays, dont des nations majeures du football africain comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire, l’Algérie, la Tunisie et le Cap-Vert, l’obtention du précieux sésame pour franchir les frontières américaines pourrait désormais être conditionnée au versement d’une caution exorbitante.
Initié par l’administration américaine pour lutter contre les dépassements de séjour, ce programme de cautionnement impose aux demandeurs de visas de tourisme ou d’affaires (B-1/B-2) considérés comme à risque de consigner une somme pouvant atteindre 15 000 dollars (environ 9 millions de Francs CFA). Le principe est simple. L’argent est bloqué par le Trésor américain et restitué au voyageur uniquement s’il quitte le territoire dans les délais impartis.
Si la mesure se veut un outil de régulation migratoire, son calendrier télescope frontalement l’agenda sportif. Pour un supporter désireux de soutenir les Lions de la Teranga, les Éléphants, les Fennecs ou les Aigles de Carthage, l’équation relève de l’impossible. Comment avancer une telle somme, qui s’ajoute aux billets d’avion, aux hébergements et aux tickets de match déjà hors de prix ? Pour les familles ou les groupes de fans, la facture globale se chiffre instantanément en dizaines de milliers de dollars.
De plus, la mécanique même du programme s’avère contraignante. La caution doit être versée en amont via une plateforme officielle, et le remboursement, bien qu’effectif en cas de respect des règles, peut prendre plusieurs semaines après le retour au pays. Un effort de trésorerie insurmontable pour la classe moyenne et les associations de supporters locaux.
Vers un Mondial sans ferveur africaine dans les stades ?

En fait, la question se pose avec acuité. Cette décision va-t-elle handicaper la participation des supporters africains ? La réponse penche lourdement vers l’affirmative. Historiquement, la beauté de la Coupe du Monde réside dans le folklore, la couleur et les chants portés par les publics du monde entier. Si les expatriés africains vivant déjà en Europe ou sur le continent américain garniront sans doute les travées, les vagues de supporters acheminées directement depuis le continent risquent de se réduire à peau de chagrin.
Face à cette réalité, la FIFA s’active en coulisses. L’instance internationale tente de sanctuariser la venue des délégations officielles : joueurs, staffs techniques et officiels politiques. Mais pour l’heure, aucune dérogation globale n’est sur la table pour le grand public. Le contraste est saisissant avec les discours de Gianni Infantino, président de la Fédération Internationale de Football Association ( FIFA), qui vante l’universalité d’un tournoi élargi à 48 équipes pour offrir plus de chances aux nations émergentes.
À moins d’un assouplissement diplomatique ou de dispositifs de parrainage exceptionnels d’ici le coup d’envoi, le Mondial 2026 pourrait se jouer devant des tribunes singulièrement privées de leurs ambiances les plus vibrantes. Pour des milliers de fans africains, le rêve américain vient de se heurter au mur de la finance et de la géopolitique.
Josaphat Mayi


