À l’heure où les réseaux sociaux bousculent les canaux officiels et où les fake news prolifèrent jusque dans les amphithéâtres, le ministère de l’Enseignement supérieur et universitaire (ESU) vient de prendre le taureau par les cornes.
Dans une note circulaire datée du 31 mars 2025, la ministre Professeure Sombo Ayanne Safi Mukuna dresse un diagnostic sans concession : la fabrication et la diffusion de faux arrêtés ministériels et de documents confidentiels menacent la crédibilité des établissements et l’intégrité du corps académique.
Un fléau numérique pour l’université
Depuis plusieurs mois, chefs d’établissements et membres de conseils d’administration voient leurs boîtes WhatsApp et forums internes inondés de notifications de nomination bidon ou de communiqués venus d’on ne sait où. Ces faux documents, parfois très réalistes, visent à escroquer les membres du personnel académique, scientifique et administratif en quête de nomination et à déstabiliser les institutions, souligne la circulaire.
Dans un contexte déjà fragilisé par les tensions régionales, ce phénomène prend une dimension sécuritaire : il peut ouvrir la voie à des prises de pouvoir illégitimes et à des conflits internes.
Une note circulaire pour restaurer la confiance
Face à ce constat, le ministère de l’ESU a édicté six mesures visant à lutter contre cette pratique infractionnelle et à garantir l’authenticité de toute information administrative :
1. Vérification en temps réel
Toute publication d’arrêté ou de document doit être recoupée auprès des sources officielles : le site minesu.gouv.cd et le compte Twitter @cabinet_esuRDC.
Canal de validation prioritaire
Avant d’exécuter un document ou d’y faire foi, les établissements sont invités à solliciter, par téléphone ou par écrit, le Cabinet de la ministre, le Secrétariat général ou leur Conseil d’administration.
3. Espaces officiels sécurisés
La mise en place, au sein de chaque entité, de plateformes d’échange protégées garantira la diffusion maîtrisée de l’information.
4. Renforcement des capacités d’investigation
Les services compétents doivent être outillés pour identifier faussaires et complices ; la dénonciation au sein de la communauté est encouragée.
5. Sanctions disciplinaires
Tout membre du personnel ou étudiant coupable de diffusion non autorisée d’un document confidentiel s’expose à des mesures disciplinaires.
6. Répression des faux documents
La conception, la publication ou le transfert de faux arrêtés ministériels sera puni conformément à l’Ordonnance‑loi n° 23/010 du 13 mars 2023 sur le Code du numérique.
Au‑delà de la sanction, une culture de vigilance
Ce tour d’horizon réglementaire ne se veut pas seulement répressif : il vise à instaurer une véritable culture de responsabilité face aux défis de la communication digitale.
En sécurisant les flux d’information et en formant les acteurs à la vérification, le ministère entend préserver la réputation et la stabilité de l’enseignement supérieur congolais.
À l’heure où l’université doit à la fois ouvrir ses portes au monde et se prémunir contre ses déferlantes numériques, cette circulaire marque une étape décisive. Elle rappelle qu’à l’ère de la désinformation, la première ligne de défense reste la rigueur administrative et la confiance accordée aux canaux officiels.
La prochaine étape est celle de la diffusion d’un guide pratique à destination des présidents de conseils et des chefs d’établissements, afin de décliner ces mesures sur le terrain et d’accompagner la montée en compétences de tous les acteurs.
Lydia Mangala


