Les propos tenus par le Président de la République, Felix Tshisekedi lors du Face-à-face avec la jeunesse au stade Tata Raphaël, le samedi 13 décembre 2025, continuent de susciter un vif débat dans l’opinion publique.
En affirmant au paravant que l’armée congolaise étais structurée et récemment clochardisée, le Chef de l’État a déclenché une controverse nourrie, oscillant entre interprétations politiques, attaques sémantiques et lectures idéologiques.
Face à cette polémique, le juriste Ikala Engunda apporte un éclairage rigoureux et argumenté, recentrant le débat sur son essence juridique, sociale et stratégique.
Une expression jugée choquante mais juridiquement cohérente
À première vue, qualifier une armée de « structurée » et de « clochardisée » peut paraître contradictoire.
Pourtant, selon Ikala Engunda, cette opposition n’est qu’apparente. Elle repose sur une confusion entre deux niveaux d’analyse distincts dont l’organisation institutionnelle et la condition matérielle du soldat.
Sur le plan juridique et administratif, rappelle-t-il, une armée est dite structurée lorsqu’elle dispose d’une existence légale reconnue, d’une hiérarchie formelle, de grades, unités et états-majors, d’un cadre réglementaire clair et d’un budget inscrit dans les finances publiques.
À ce titre, les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) sont bel et bien une armée structurée, pleinement intégrée aux institutions de l’État.
La clochardisation : une réalité sociale et humaine
Le qualificatif de « clochardisée », souligne le juriste, ne remet nullement en cause cette structuration.
Il décrit plutôt la réalité quotidienne vécue par de nombreux militaires, marquée par la précarité des conditions de vie, une solde insuffisante, un équipement souvent déficient et l’obligation, pour certains soldats engagés au front, de subvenir eux-mêmes à leurs besoins essentiels et à ceux de leurs familles.
Dans ce sens, explique Ikala Engunda, une armée peut être institutionnellement organisée tout en étant socialement appauvrie.
Ces deux réalités coexistent fréquemment dans l’histoire contemporaine de nombreux États en situation de conflit.
Un problème politique et stratégique, pas sémantique
Pour le juriste, le cœur du débat ne devrait donc pas être lexical ou émotionnel. Il est avant tout politique et stratégique.
Une armée dont les soldats vivent dans la précarité expose l’État à une fragilité structurelle majeure, particulièrement en période de guerre.
« Tant que le soldat, première ligne de défense de la Nation, ne bénéficie pas de conditions de vie et d’une rémunération à la hauteur de sa mission, il est illusoire de penser gagner durablement une guerre », estime-t-il.
Des chiffres qui interpellent
Ikala Engunda appuie son analyse sur des données concrètes.
Aujourd’hui, la rémunération globale des FARDC représenterait environ 620 millions de dollars américains sur 11 mois, pour un effectif estimé à 150 000 militaires, soit une moyenne d’environ 375 USD par mois et par soldat.
Une somme jugée largement insuffisante au regard des risques encourus, des exigences opérationnelles et des responsabilités assumées par les militaires engagés sur les lignes de front.
Un appel à un débat de fond et de solutions
Dans ce contexte, le juriste invite les intellectuels, analystes et leaders d’opinion à sortir des polémiques instrumentalisées.
Selon lui, le véritable rôle de l’intelligentsia congolaise devrait être de réfléchir aux mécanismes techniques et budgétaires permettant d’augmenter durablement l’enveloppe salariale des militaires.
Plutôt que de transformer une réflexion présidentielle en procès politique, Ikala Engunda appelle à un débat constructif, orienté vers la dignité du soldat, la motivation des troupes et l’efficacité opérationnelle de l’armée congolaise.
Une question centrale pour l’avenir
En définitive, l’éclairage apporté par Ikala Engunda replace les propos du Chef de l’État dans leur sens profond de reconnaître une réalité douloureuse pour mieux la corriger.
La question fondamentale demeure entière : « Peut-on gagner une guerre avec une armée dont les soldats restent pauvres, même lorsque l’institution est formellement bien organisée ? »
Pour le juriste, la réponse est sans détour que cela reste extrêmement difficile, voire impossible, sans un engagement politique fort en faveur du soldat congolais.
Lydia Mangala


