Dans le cadre du mois de mars dédié aux droits des femmes, période où la parole est donnée à celles qui innovent, inspirent et transforment la société, nous sommes allés à la rencontre d’Emy Mayumbi, conseillère juridique et TechPreneure basée à Kinshasa.
À la tête de LawApp50 Group SARLU, et fondatrice de Acad’Emy et de LawAcademy Asbl, elle œuvre à rapprocher le droit des étudiants et des citoyens grâce aux outils numériques.
À travers ses différentes initiatives, elle met la technologie au service de l’éducation juridique et de l’autonomisation des femmes et des jeunes, en parfaite résonance avec le thème de l’édition 2026 du mois de la femme : « Droits. Justice. Action. Pour toutes les femmes et les filles ».
Dans cet entretien, elle revient sur son parcours, ses motivations et sa vision d’une éducation juridique plus accessible et plus inclusive en République démocratique du Congo.
Rédaction : Pouvez-vous vous présenter et nous raconter votre parcours, en particulier votre transition entre le droit et l’innovation numérique ?
Emy Mayumbi : Je m’appelle Emy Mayumbi, conseillère juridique, formatrice et surtout TechPreneure. Comme tous les étudiants en dernière année de master, on est un peu débordé dans la mesure où la documentation que nous recherchons pour rédiger nos mémoires n’est pas toujours à notre portée. Très vite, j’ai réalisé que le numérique pouvait être un puissant levier pour démocratiser l’accès au droit et former de façon plus interactive et flexible. C’est ainsi que j’ai entrepris la transition vers la Tech, en combinant ma passion pour le droit et l’innovation digitale pour créer des solutions comme LawApp50 en particulier, puis Acad’Emy et LawAcademy Asbl.
Rédaction : Qu’est-ce qui vous a motivée à créer LawApp50 Group SARLU, Acad’Emy et LawAcademy Asbl ?
Emy Mayumbi : Mon objectif a toujours été de rendre le droit accessible et compréhensible pour tous. J’ai commencé sur TikTok sous le pseudonyme @TeachEmy, où je partageais mes connaissances de façon ludique. LawApp50 est justement le support pour moderniser l’apprentissage du droit, Acad’Emy offre des expériences formatives immersives et ludiques, et LawAcademy Asbl soutient l’éducation juridique au sein des écoles. Ces structures se complètent pour créer tout un écosystème d’apprentissage du droit.
Rédaction : Comment votre expérience de conseillère juridique a-t-elle nourri votre approche de TechPreneure ?
Emy Mayumbi : Une conseillère juridique est souvent assimilée à quelqu’un qui sait tout résoudre, ou du moins qui sait où chercher en un temps record. Cette expérience m’a donné la vision de créer des outils digitaux qui ne se contentent pas de transmettre des informations, mais qui facilitent l’interaction, la pratique, la compréhension des textes et la résolution de problèmes concrets.
Rédaction : Pouvez-vous expliquer à nos lecteurs ce qu’est LawApp50 et comment cette solution change l’apprentissage du droit en RDC ?
Emy Mayumbi : LawApp50 est une plateforme numérique qui rend le droit interactif et accessible. Elle offre des cours digitaux, des vidéos pédagogiques, des quiz interactifs, des TP en ligne et un chatbot juridique capable de répondre aux questions des étudiants. Cela permet aux étudiants d’apprendre à leur rythme, d’appliquer la théorie dans des situations pratiques et de préparer efficacement leurs examens.
Rédaction : Quels sont les principaux défis que rencontrent les étudiants en droit et comment LawApp50 les aide à les surmonter ?
Emy Mayumbi : Les étudiants font face à plusieurs obstacles : manque de documentation actualisée, difficultés à comprendre certaines notions, coûts élevés pour la remise de TP et manque de suivi personnalisé. LawApp50 répond à ces défis en centralisant toutes les ressources, en digitalisant les TP et en offrant un accompagnement interactif via le chatbot.
Rédaction : Comment votre solution intègre-t-elle les nouvelles technologies comme le chatbot et la digitalisation des TP pour faciliter l’éducation ?
Emy Mayumbi : Le chatbot juridique permet aux étudiants de poser des questions à tout moment et d’obtenir des réponses claires et immédiatement adaptées. Les TP digitalisés offrent des simulations de cas pratiques, constituent un gain de temps pour le professeur et réduisent les coûts d’impression qui pèsent sur la poche de l’étudiant.
Rédaction : Quels avantages concrets les étudiants retirent-ils de LawApp50 ?
Emy Mayumbi : Ils bénéficient d’un accès illimité aux cours, d’exercices pratiques, d’un accompagnement interactif et de contenus adaptés aux réalités. Pour les étudiants éloignés des grandes villes ou ceux ayant un budget limité, LawApp50 devient un outil essentiel pour suivre leurs études efficacement, se préparer aux examens et élever leur niveau de compétence.
Rédaction : Le thème retenu pour l’édition 2026 du mois de la femme est « Droits. Justice. Action. Pour toutes les femmes et les filles ». Comment ce thème résonne-t-il avec votre travail ?
Emy Mayumbi : Ce thème est au cœur de ce que LawApp50 Group Sarlu veut accomplir. Notre objectif est d’autonomiser les femmes en leur donnant accès à l’éducation juridique et à l’innovation. En comprenant leurs droits et en acquérant des compétences numériques et entrepreneuriales, les femmes peuvent non seulement se défendre mais aussi prendre des initiatives pour transformer leur environnement social et économique.
Rédaction : Pensez-vous que l’éducation juridique digitale peut renforcer la conscience des droits des femmes et des filles en RDC ?
Emy Mayumbi : Absolument. L’éducation digitale permet de diffuser des informations sur les droits de manière rapide, accessible et interactive. La jeune fille peut apprendre à connaître ses droits, identifier les situations d’injustice et savoir comment agir, ce qui renforce son autonomie et son pouvoir d’action.
Rédaction : Quels programmes avez-vous mis en place pour encourager les jeunes filles ?
Emy Mayumbi : Nous avons lancé plusieurs initiatives et, pour ce mois de mars, des ateliers de sensibilisation sur le droit et l’innovation pour les élèves, ainsi que des expériences formatives Acad’Emy qui combinent apprentissage et créativité.
Rédaction : Selon vous, quels sont les principaux obstacles pour les femmes dans le numérique ou le droit ?
Emy Mayumbi : Les obstacles sont souvent le manque de confiance, les stéréotypes de genre, l’accès limité à l’éducation et le manque de modèles inspirants. Pour les surmonter, il est crucial de créer des espaces d’apprentissage sécurisés, de proposer du mentorat et des rôles modèles, et d’encourager les femmes à oser innover et à saisir les opportunités numériques.
Rédaction : Comment mesurez-vous l’impact de vos solutions ?
Emy Mayumbi : Nous utilisons plusieurs indicateurs : le nombre de personnes qui nous suivent sur les différents réseaux, l’engagement dans les forums interactifs et les retours qualitatifs pour évaluer comment LawAcademy Asbl change la perception et la pratique du droit chez les élèves.
Rédaction : Avez-vous des success stories ?
Emy Mayumbi : Oui, plusieurs élèves ont avoué avoir développé une passion pour le droit grâce à son accessibilité. Ces témoignages sont la preuve que l’éducation numérique peut réellement transformer des parcours.
Rédaction : Quels sont vos projets futurs ?
Emy Mayumbi : Nous prévoyons d’élargir l’accès à LawApp50 dans toutes les provinces de RDC, d’intégrer davantage de contenus interactifs et de simulations professionnelles, de créer des programmes spécifiques pour les jeunes filles et femmes en zones rurales et d’étendre les partenariats avec les universités.
Rédaction : Quels conseils donneriez-vous aux jeunes femmes ?
Emy Mayumbi : Osez apprendre et expérimenter, même si cela sort des chemins traditionnels. Combinez vos compétences juridiques avec le numérique pour créer des solutions concrètes. Cherchez des mentors, restez curieuses et persévérantes, et ne sous-estimez jamais la valeur de votre vision.
Rédaction : Quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes filles ?
Emy Mayumbi : Croyez en votre potentiel, investissez dans vos compétences et sachez que chaque idée peut devenir un projet impactant. Le monde a besoin de votre créativité, de votre sens de justice et de votre énergie pour transformer la société.
Rédaction : Comment voyez-vous l’évolution de l’éducation juridique digitale en RDC ?
Emy Mayumbi : Nous allons assister à une révolution de l’éducation digitale juridique, avec plus d’outils interactifs, de plateformes accessibles et de contenus pratiques. Cela contribuera à réduire les inégalités, à autonomiser les femmes et les jeunes filles et à former une génération capable de défendre ses droits et d’innover dans tous les secteurs.
Lydia Mangala


