A l’occasion de la dernière journée de la Grande Rentrée Littéraire 2025 organisée au Centre Wallonie-Bruxelles qui a eu lieu ce samedi 20 septembre 2025, une deuxième table ronde a réuni trois jeunes auteurs congolais notamment Joan Mulenda, Benjamin Masiya et Jonathan Elanga autour d’une réflexion riche et nuancée sur le thème : « La prose poétique pour exprimer l’indicible fiction ».
Joan Mulenda : la phrase comme espace poétique
Auteur de _Ndombolo Bazar_, Joan Mulenda a ouvert la discussion en insistant sur la puissance contenue dans chaque phrase.
Pour lui, la prose poétique ne se définit pas par la régularité métrique du vers classique, mais par la manière d’habiter l’écriture où chaque mot, souffle et pause devient un outil poétique.
Il a soulevé une interrogation fondamentale : lorsqu’une narration romanesque laisse place à une suspension poétique, parle-t-on encore de poésie ?
« Le monde était encore tout neuf, le monde était tel que la plupart des choses n’avaient pas de nom et, pour les désigner, on pointait du doigt une personne », a-t-il cité.
Il a illustré l’idée que ce qui semble ordinaire pour certains lecteurs peut se révéler profondément poétique pour d’autres.
Benjamin Masiya : la prose poétique comme libération et résistance

Auteur de _La fin de la dictature de Dieu_, Benjamin Masiya a présenté la prose poétique comme un « poème cru en prose ».
Selon lui, il s’agit d’un espace hybride qui, tout en adoptant la forme de la prose, conserve l’exigence esthétique de la poésie.
Il préfère partir de la prose pour atteindre le poème, plutôt que l’inverse.
« Écrire, c’est se libérer, mais aussi éveiller les consciences », a-t-il déclaré, rappelant que l’acte d’écriture peut être à la fois une expérience intime et une forme de résistance collective.
Jonathan Elanga : influences, oralité et subjectivité poétique

Avec son ouvrage _La valse des tabous_, Jonathan Elanga a rappelé l’importance des traditions orales africaines dans l’écriture contemporaine.
Selon lui, tout écrivain est d’abord la somme de ses lectures et de son vécu, mais chacun transforme ces influences à sa manière.
Il a souligné que l’identification de la prose poétique reste subjective, ce qui veut dire qu’une phrase jugée poétique par un lecteur peut sembler banale à un autre.
L’essentiel réside dans la capacité de l’auteur à traduire l’indicible et à créer un dialogue émotionnel avec le lecteur.
Quand la fiction épouse le souffle poétique

Les intervenants ont convergé sur une idée centrale : la prose poétique n’est pas définie par un genre mais par une liberté d’expression.
Dans le roman, elle peut se mêler à la tension narrative, aux récits sociaux, familiaux ou politiques, et ouvrir un espace où l’imaginaire et le beau coexistent.
Trois recommandations majeures se dégagent :
– Se laisser guider par l’imaginaire avant toute contrainte formelle ;
– Éviter que la structure narrative n’étouffe l’élan poétique ;
– Ajuster ensuite l’écriture pour maintenir une cohérence captivante.
Ainsi, le roman devient un lieu de rencontre entre le beau et le réel, entre l’individuel et le collectif, entre l’intime et le politique.

Cette deuxième table ronde a mis en lumière la force de la prose poétique comme langage de l’indicible.
Qu’il s’agisse de libération personnelle, selon Benjamin Masiya, de subjectivité du regard d’après Joan Mulenda ou de transformation des héritages oraux selon Jonathan Elanga, tous s’accordent sur un point : la prose poétique permet de dépasser les genres pour toucher au cœur de l’expérience humaine.
Lydia Mangala


