À Genève, le lundi 8 septembre 2025, la République Démocratique du Congo a porté haut la voix de ses victimes.
Lors d’une activité de haut niveau organisée en marge de la 60ᵉ session du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, le Ministre congolais des Droits humains, Samuel Mbemba Kabuya, a livré un discours d’une intensité rare, appelant la communauté internationale à reconnaître les génocides perpétrés en RDC depuis plus de trois décennies.
Aux côtés de ses collègues Guillaume Ngefa, ministre de la justice, et Patrick Muyaya, ministre de la communication et medias et porte parole du gouvernement, ainsi que des ambassadeurs Paul Empole et Symphorien Mutombo, il a rappelé l’engagement inébranlable du gouvernement congolais à défendre la mémoire des victimes, à faire jaillir la vérité et à obtenir justice.
Trente ans de souffrances, un lourd tribut payé par le peuple congolais
Dans une allocution à la fois solennelle et poignante, Samuel Mbemba Kabuya a retracé les grandes étapes de l’histoire sanglante qui a marqué la RDC depuis 1993 :
– L’afflux massif de réfugiés après le génocide rwandais de 1994 ;
– La chute du régime Mobutu en 1997, dans un contexte de violences armées ;
– La guerre de 1998, qualifiée de “première guerre mondiale africaine” avec l’implication de plusieurs pays voisins ;
– L’explosion des groupes armés locaux et étrangers exploitant les ressources naturelles au détriment des populations civiles.
Ces tragédies, a-t-il rappelé, ne sont pas de simples événements isolés, mais relèvent de crimes systématiques, largement documentés par le Rapport Mapping des Nations Unies.
Des chiffres glaçants : le poids de l’horreur en RDC
Pour appuyer son plaidoyer, le Ministre a partagé des statistiques alarmantes :
– 20 039 incidents documentés, dont 1 555 certifiés par les instances compétentes ;
– 66,9 % des cas directement liés aux conflits armés ;
– 33,5 % des violations concernant des violences sexuelles ;
– 66,5 % qualifiés de crimes internationaux (crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide).
Les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu demeurent les plus meurtries, piégées dans un cycle de violences quasi permanent.
Une interpellation vibrante : « L’Est de la RDC est la conscience blessée de l’humanité »
Dans un ton ferme et empreint d’humanité, Samuel Mbemba Kabuya a lancé un cri d’alarme à la communauté internationale :
« L’Est de la RDC est la conscience blessée de l’humanité. Le sort du Congo est le test ultime de notre engagement envers la Charte des Nations Unies. Ne laissons pas dire aux enfants congolais que leur vie vaut moins que nos téléphones. N’acceptons pas qu’un génocide soit ignoré parce qu’il est rentable. Agissons avant que les derniers témoins ne soient réduits au silence. Agissons pour l’humanité », a-t-il interpellé.
Ce passage de son discours, vibrant d’émotion, a donné à l’audience la mesure de la gravité de la situation et la nécessité urgente d’une action internationale concertée.
Vers la reconnaissance des génocides oubliés
En plaidant à Genève, le Ministre des Droits humains a voulu rappeler que le silence autour des souffrances des Congolais est une forme de complicité.
La reconnaissance officielle des génocides commis en RDC est, selon lui, un préalable incontournable pour :
– Restaurer la dignité des victimes et des survivants ;
– Briser le cycle de l’impunité ;
– Construire une paix durable fondée sur la vérité et la justice.
Une délégation congolaise mobilisée
La présence conjointe de Samuel Mbemba Kabuya, Guillaume Ngefa, Patrick Muyaya, ainsi que des ambassadeurs Paul Empole et Symphorien Mutombo, témoigne de la volonté ferme du gouvernement congolais de porter ce combat à l’échelle internationale.
Ensemble, ils ont rappelé que la RDC ne cherche pas la vengeance, mais la vérité, la justice et la réparation.
À travers cette intervention, la RDC a voulu rappeler que les souffrances de ses populations ne doivent pas rester invisibles. Genève, siège des droits de l’homme, est apparue comme la tribune idéale pour résonner cet appel.
L’avenir de la paix dans la région et la crédibilité des Nations Unies en matière de droits humains se jouent aussi dans la capacité à reconnaître et à condamner les crimes commis dans l’Est du Congo.
Lydia Mangala


